Notes sur le théâtre élisabéthain par Olivier Kemeid

Olivier Kemeid a donné un séminaire sur le cycle des rois à des étudiants à la maîtrise de l’UQAM. En effectuant ses recherches, il a trouvé des informations très intéressantes concernant le théâtre élisabéthain. Voici les éléments qui l’ont le plus marqué, avec ses commentaires :

Shakespeare et tous les auteurs élisabéthains étaient contraints par les règles physiques des théâtres, lesquels étaient tous bâtis de la même manière. La scène était très petite : un rectangle surélevé de 12 mètres sur 8 mètres. Donc jamais plus de 12 acteurs sur scène en même temps. C’est drôle parce qu’instinctivement, je me suis contraint à ça.

 

Au parterre, les spectateurs sont des trois côtés de la scène (mais la majorité est en face).

 

Il n’y a pas de lumières, car on utilise un éclairage naturel dans les théâtres dits publics. Un toit dans ceux dits privés permettait des jeux de lumière. Pour simuler la nuit, le personnage tient une chandelle.

 

Beaucoup d’accessoires sont sur la scène : des tables, des sièges, des épées, des toiles peintes, ainsi que des trônes, des lits, des autels, des arbres, des étoiles, des nuages, des apparitions de la lune ou du soleil, de l’artillerie pour les batailles, des têtes de mufles, etc. Les costumes provenaient de garde-robes de nobles mécènes.

 

Reconstruction en image du Globe Theatre selon les recherches historiques et archéologiques de Cyril Walter Hodges

 

Ah oui, j’oubliais… Temps de répétition alloué à l’époque : 2 semaines.

 

Les comédiens jouaient tous les après-midis sauf le dimanche, tenaient évidemment plusieurs rôles, et quand ils partaient en tournée (car ils partaient en tournée!!!), ils réduisaient leur troupe au minimum. 

 

En fond de scène, les portes permettaient entrées et sorties et, au-dessus de ces portes, une galerie utilisée pour les musiciens, si requis, ou qui devient un lieu scénique supplémentaire (balcon de Roméo et Juliette), ou, en dernier cas, des places de spectateurs (places de marde, car derrière les acteurs…).

Croquis d'une scène élisabéthaine

 

Il n’y a pas de décor, les changements de lieu sont signalés par des écriteaux. J’ai lu quelque part que l’absence de décor permettait aux auteurs de changer de lieu à leur guise, ce qui est le cauchemar du metteur en scène moderne. Ainsi « un vers suffit à l’armée anglaise pour traverser la Manche ».

 

Des codes scéniques étaient reconnus par le public : un costume noir pour le vilain ou le mélancolique, une barbe blanche pour le vieillard, un visage enfariné pour le fantôme, un manteau noir pour le prologue. Il y avait une vraie artillerie pour les coups de canon et c’est d’ailleurs un vrai tir de canon qui provoqua l’incendie ravageant le toit de chaume du Globe Theatre en 1613, pendant la représentation d’Henry VIII
 

Capacité d’accueil du Globe Theatre : 1 400 spectateurs (genre la salle Maurice O’Bready!!!).

 

Chose intéressante aussi, on dit que le prix d’une place au parterre équivalait à un penny, soit le douzième d’un salaire hebdomadaire d’un ouvrier à Londres.
 

En prenant le salaire minimum au Québec (donc à peu près 400 $ par semaine), le douzième serait de 33 $, ce qui n’est pas loin de notre prix moyen au théâtre. L’auteur de l’étude concluait que cela était donc « à la portée de toutes les bourses ». Une affirmation qui va à l’encontre du discours de plusieurs, convaincus que le théâtre au Québec est trop cher. Mais 33 $, en 2014, ce n’est pas si cher, même pour ceux qui sont au salaire minimum.

Posted on August 25, 2015 and filed under historique.