Les rois de Shakespeare selon les époques

Comme les concepteurs l’expliquent dans la vidéo intitulée « L’écriture de FIVE KINGS », ils ont choisi de camper Five Kings – L’Histoire de notre chute à l’ère moderne et d’associer chaque roi à une décennie différente, des années 60 à aujourd’hui. Voici les notes d’un des créateurs, qui a relevé les éléments importants de chaque époque qui s’apparentaient à l’histoire du roi qui lui a été associé. 

 

Richard II : les années 60

Lester B. Pearson et John F. Kennedy

Lester B. Pearson et John F. Kennedy

La décennie de la transition entre le vieux monde et les années de dérèglement, de folie, de libération sexuelle… De grandes figures politiques dominent cette décennie : Kennedy aux États-Unis, de Gaulle en France, Pearson au Canada et Lesage au Québec. Paradoxalement, on assiste aux dernières heures de la pleine légitimité de la démocratie parlementaire de l’après-guerre. Années de rigidité morale, de virilité expressive dans l’exercice du pouvoir (Bolingbroke) versus une homosexualité vue encore par les élites comme dépravée, faible (agissements de Richard II). 

 

Henry IV : les années 70

Autobus de hippies à Woodstock.

Autobus de hippies à Woodstock.

La grande décennie du choc des générations, symbolisée par mai 68 en France, par la marche des droits civiques aux États-Unis, par Octobre 70 au Québec… Les jeunes de Woodstock, inspirés par quelques vieux mentors (Falstaff), s’adonnent à l’amour libre, aux drogues dures, à la débauche. Même les élites destinées à prendre les rênes sont contaminées (Harry), quand d’autres jeunes révolutionnaires optent pour la lutte politique (Hotspur). Dans les deux cas, il y a une tentative de réenchanter le monde.

 

Henry V : les années 80

La Bourse de New York dans les années 80.

La Bourse de New York dans les années 80.

La grande « claque dans face » de l’utopie. Les vieux hippies meurent. Pire, ils sont tassés, conspués, honnis (« I know thee not, old man »). Les anciens révolutionnaires deviennent des golden boys (Harry). Finie la débauche, place au pouvoir, à l’argent. Si substance illicite il y a, c’est pour continuer à travailler davantage, et non à voyager dans de nouveaux mondes (les années coke…) C’est la grande décennie de l’individualisme, de la glorification de Wall Street. Repli sur soi et patriotisme économique sont de rigueur (reaganomics, thatchérisme), quant au monde extérieur, il devient l’ennemi. La décennie se clôt sur la guerre en Irak (nouvel Azincourt?).

 

Henry VI : les années 90

Casques bleus combattants pour la mission Minuar au Rwanda.

Casques bleus combattants pour la mission Minuar au Rwanda.

Le choc de la mondialisation. L’apparition de la nouvelle économie, conjuguée à une déflagration de conflits meurtriers dans le monde : ces deux phénomènes sont évidemment liés. Congo, Rwanda, Yougoslavie : tour à tour, les pays s’embrasent pendant que les pays occidentaux voient apparaître de nouvelles figures : les terroristes à échelle internationale (Cade), les pasionarias de l’antimondialisation (Jeanne d’Arc).

 

Richard III : les années 2000

Soldats en Afghanistan

Soldats en Afghanistan

Les conflits continuent (Afghanistan, Irak) ; le clivage entre le monde occidental et le monde arabe s’accentuent (nouvelle guerre de Cent Ans). La démocratie représentative est mise à mal, le cynisme prend des proportions jamais atteintes. Les corruptions sont endémiques dans les cercles du pouvoir (scandales de collusion à répétition au Québec, en Italie, en France…). Dans certains cas (en Italie, mais aussi au Québec !), les liens entre la mafia et le pouvoir (Richard III) sont de plus en plus apparents. La plus grande crise de légitimité politique jamais vécue en Occident provoque un rejet massif des figures du pouvoir, lesquelles sont ridiculisées (Hollande en France), désertées à force d’espoir déçu (Obama aux É-U), accusées de collusion et de débauche morale (Berlusconi en Italie). Cette déliquescence des élites entraîne une montée des pouvoirs paraétatiques : mafias, milices d’extrême droite, groupuscules anarchiques, etc. La maison Tudor venait sauver l’Angleterre et son champ de bataille recouvert de cadavres à la fin du Richard III de Shakespeare ; il n’est pas dit que nous nous nourrissons aujourd’hui du même espoir…

Posted on September 23, 2015 and filed under presentation.