Correspondance 2

De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 3 juin 2011

Depuis longtemps, trop je ne sais pas, Five Kings était en orbite autour de ma tête. Martin Labrecque et moi nous étions promis d'en faire quelque chose un jour, alors je savais que, tôt ou tard, ça y serait.

Lundi le 6 juin prochain, une grande étape débute qui nous mènera jusqu'en 2013, une fois la fin du monde passée, à la création sur scène de ce projet qui doit être considéré mégalomane. 

Si vous en êtes les proches parents, il faut s'attendre à ce qu'une trâlée de petits-cousins se joigne à nous au cours des différentes étapes. Et c'est tant mieux. 

Ce projet doit être influencé par tous ceux et celles qui le tâteront. Je veux que ça bouge, que les idées circulent et qu'elles proviennent, ces idées, de sensibilités et d'intelligences diverses et distinctes. Ce n'est pas un bar-open. Les artistes qu'on invite forment une équipe dont les membres ont quelque chose en commun : ce sont justement des artistes. Je ne m'attends pas pour autant à ce que vous arriviez aux répétitions en unicycle, non. Je m'attends à ce que chaque moment de travail serve à construire l'écriture du show et à ce que vous en soyez partie prenante par votre présence, votre discours, votre talent.   

Ainsi, vous passerez, vous resterez, vous partirez, vous reviendrez et d'autres feront de même.  

Et nous, Olivier à la traduction, Frédéric à la mise en scène, Martin au design scénique, Catherine au design technique et moi à la direction artistique resteront, donnant à la chose son unité. 

Lundi donc, nous commencerons par le début. C'est-à-dire que nous lirons, dans la traduction de Despras le collage de Welles de 1939. 

Discussions, lectures, discussions, lectures, la semaine passera vite, vous verrez. Et ce sera l'occasion de poser les bases de notre travail. Et de mieux voir, mains en visière sur le front, le chemin qui nous attend. 

En attendant, je vous remercie d'être là. 

À bientôt.  

Patrice  


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 13 juin 2011

 

Bonjour à tous,

Réflexions post-atelier

J'ai continué à réfléchir à notre discussion bien intéressante après l'atelier. Il est évident que les avenues sont multiples, autant qu'il y a d'auteurs ! J'en distinguerais cependant 6 principales :

a) l'orthodoxe : on monte les Five Kings de Welles tels quels avec les traductions existantes (celle de Déprats par exemple).

b) l'orthodoxe augmentée : on complète les Five Kings avec des montages des autres pièces de Shakespeare, toujours dans les traductions de Déprats

c) la post-moderne : on prend les Five Kings comme matériau textuel et on flye là-dessus. C'est tout le projet de la « Shakespeare Factory » d'Heiner Müller avec Hamlet-Machine, Macbeth, Anatomie Titus Fall Of Rome... Les références d'Azincourt côtoient celles de Staline, Hitler, Jean-Paul Sartre et Eschyle.

d) la réinventée : la veine de Vie et mort du roi boiteux, My Own Private Idaho, Le Parrain, etc. Les Five Kings seraient un des éléments principaux d'inspiration pour une « nouvelle pièce », tout autre, sans souci de fidélité.

e) l'adaptée infidèle : ce sont les scènes que j'ai écrites jusque-là. Mêmes personnages, mêmes actions de base, mais langue et univers référentiel différents. 

f) l'adaptée fidèle : c'est la veine de Valère Novarina et de son très beau Falstafe, que je viens de relire. Novarina s'était fait « commander » par Marcel Maréchal une adaptation d'Henry IV. Il a décidé de se concentrer sur le personnage de Falstaff, comme Welles, et a traduit puis mis dans sa langue la langue de Shakespeare. Le résultat est beau et très fidèle à Shakespeare. Novarina n'a rien « adapté » des références, par contre il a massivement coupé, resserrant les actions, évacuant volontairement l'arrière-fond politique. Ce qui l'intéresse, c'est la figure de Falstaff et le fait que l'abandon de Falstaff, c'est l'abandon du jeu, et donc de l'enfance.

 

Je crois que Patrice a en tête le « f », ou en tout cas avait en tête le « f » quand il est venu me chercher pour ce projet. Fred, lors de la discussion, se disait rester ouvert à tout, dont la « c », la « d » et la « e » (mais n'excluant pas la « f »). 

C'est important que l'on réfléchisse bien à ces options. Cela va déterminer toute la suite du travail. Je ne dis pas qu'il faut choisir demain. On pourrait se dire par exemple que, fin août/début sept., j'arrive avec des scènes de type ”c », « d » et « f ».

Autre point : si on devait suivre la « f », il y a encore une question : complète-t-on le montage de Welles ou non ? Un problème survient dans ce cas : le personnage de Falstaff serait relégué au second plan. Déjà, dans la version de Welles, il meurt aux 2/3 de la pièce. Tout ce qui relève d'Henry V se passe sans lui. Ça me semble poser un problème sérieux d'intérêt. Welles corrige ce tir avec son film, dans lequel Falstaff est présent du début à la fin. Novarina ne pioche pas non plus dans le Henry V, il clôt sa pièce avec la mort de Falstaff. 

Par contre, en ne conservant que le Henry IV, on a très peu de rôles de femmes. 3 en fait : Doll Tearsheet (Lola Troussedraps), Miss Quickly et Kate Percy.

 

À bientôt

 

Olivier


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 15 juin 2011

 

Ami (e) s,

 

Du 17 au 27 octobre, gardons-nous libres effectivement. On pourrait couper la poire en deux :

Rawdon semble être très approprié pour s'enfermer quelques jours. Québec aussi peut être une option. 

Fred, y aurait-il moyen qu'on occupe un local particulier à Québec ? La Caserne un 3-4 jours ? Peux-tu vérifier avec tes contacts ? 

 

Le [Théâtre] PÀP va donc endosser le projet, je vous le confirme. Cela n'exclut pas qu'on aura besoin de partenaires multiples et différents.

On a soulevé l'autre jour un TFT [Théâtre des Fonds de Tiroirs] qui offrirait des ressources humaines, un TTT [Trois Tristes Tigres] qui pourrait se positionner advenant son passage au fonctionnement, un Carrefour et/ou un FTA coproducteurs et une compagnie FK inc. fondée par Marty et moi qui serait producteur délégué. 

 

En réponse aux réflexions post-atelier d'Olivier

a) l'orthodoxe : on monte les Five Kings de Welles tels quels avec les traductions existantes (celle de Déprats par exemple). 

Je serais pas allé chercher Olivier Kemeid. ( amène ta soeur ggr)

b) l'orthodoxe augmentée : on complète les Five Kings avec des montages des autres pièces de Shakespeare, toujours dans les traductions de Déprats.

Je suis capable tu seul

c) la post-moderne : on prend les Five Kings comme matériau textuel et on flye là-dessus. C'est tout le projet de la « Shakespeare Factory » d'Heiner Müller avec Hamlet-Machine, Macbeth, Anatomie Titus Fall Of Rome... Les références d'Azincourt côtoient celles de Staline, Hitler, Jean-Paul Sartre et Eschyle. 
d) la réinventée : la veine de Vie et mort du roi boiteux, My Own Private Idaho, Le Parrain, etc. Les Five Kings seraient un des éléments principaux d'inspiration pour une « nouvelle pièce », tout autre, sans souci de fidélité.
e) l'adaptée infidèle : ce sont les scènes que j'ai écrites jusque-là. Mêmes personnages, mêmes actions de base, mais langue et univers référentiel différents. 
f) l'adaptée fidèle : c'est la veine de Valère Novarina et de son très beau Falstafe, que je viens de relire. Novarina s'était fait « commander » par Marcel Maréchal une adaptation d'Henry IV. Il a décidé de se concentrer sur le personnage de Falstaff, comme Welles, et a traduit puis mis dans sa langue la langue de Shakespeare. Le résultat est beau et très fidèle à Shakespeare. Novarina n'a rien « adapté » des références, par contre il a massivement coupé, resserrant les actions, évacuant volontairement l'arrière-fond politique. Ce qui l'intéresse, c'est la figure de Falstaff et le fait que l'abandon de Falstaff, c'est l'abandon du jeu, et donc de l'enfance.

c, d, e, f : Je veux pas me fermer à quoi que ce soit, mais je penche pour conserver la liberté de Welles sur Shakespeare et d'en augmenter le contenu avec les Richard et Henri le sixth. Falstaff sera le coeur, mais il n'y aura pas que lui.

 

Je suis d'accord pour laisser tomber les références au 14e. Mais je suis d'avis qu'il faut pas se mettre à remplacer par du Jean Charest et du Jean Béliveau. 

 

J'opterais pour des références iconographiques : un C.A., un clergé, un territoire, une conquête, un siège, un pouvoir. Garder ça large et universel.

 

Deux possibilités m'habitent :

·      Toute cette épopée pourrait se passer au 13e étage de la London inc. Et on se passe le poste de PDG. Et toute l'action se passe maintenant, en 2013.

Ou

·      on pourrait, au lieu de voyager sur cent ans, voyager sur 500-600 ans et jouer avec la langue, les références, les styles. Ainsi : le roi Richard II (Londres élisabéthain), l'industriel Henri IV (Londres d’Oliver Twist), le PDG Henri V (Londres de Tatcher), le président Henri VI (Londres Post-2001) et le dictateur Richard III (Londres Post printemps Arabe) pourraient cohabiter, il me semble, dans cet univers iconoclaste ?

 

Voilà voilo voilali voilalu,

salut,

 

Patrice Dubois


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 3 août 2011

 

Oli salut,

 

Je ne peux pas le 16, suis pas disponible. Ça m'aurait fait plaisir, désolé.

 

Je suis content que tu passes un bel été français. L'été québécois a été bon, je ne suis pas encore prêt à revenir au travail complètement.

 

Pour ce qui est du CALQ, le jury a recommandé notre projet et on a été bloqué à l'administration, faute de fonds.

Faudra remettre tout ça en septembre-octobre pour une éventuelle résidence en avril. Si ça tient toujours pour toi, vous, nous. Moi, je suis bien partant.

 

J'ai hâte de replonger moi aussi.

 

Serait-ce possible pour toi que l'on bosse entre le 19 septembre et le 7 octobre ?

En fait, j'ai eu une proposition pour aller tourner quelques jours à Genève fin octobre et, si ça se concrétise, j'aimerais bien pouvoir accepter.

 

Salue tous les amis que tu rencontreras dans les musées et embrasse ta blonde et ton fils. Je crois qu'ils sont toujours là-bas avec toi, non ?

 

À tout de suite,

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Patrice Dubois

Date : 10 août 2011

 

OK, pas de trouble pour le 16.

Damn it pour le CALQ.

Oui, entre le 19 sept. et le 7 oct. Cependant, j'attends des dates de répétition pour mon spectacle en janvier au TdA [Centre du Théâtre d’Aujourd’hui]. Mais ça devrait pouvoir se glisser.

Profite bien de tes vacances, ne lis pas trop de emails.

 

Olivier