Nous vous invitons à plonger au coeur de la création de Five Kings en lisant ces échanges de courriels entre les concepteurs. Revenez régulièrement, de nouvelles correspondances seront mises en ligne.

 

De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 17 août 2010

 

Messieurs,

Je vous propose une rencontre 5 Kings le 14 septembre 2010, 9 ans, 3

jours et 2 heures après les événements du 11 septembre.

Le 14 à 11 h 30 au PàP.

Farewell my kings,

 

Patrice


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 19 août 2010

 

Monsieur Kemeid,
 

Vous sachant désormais un électron libre, j'ose présumer que votre emploi du temps vous permettra de vous adonner à ce projet dont nous avons jadis parlé. J'en ai glissé mot à sieur mon frère. J'aimerais savoir où vous en êtes dans vos réflexions là-dessus.

Merci de me répondre dans les meilleurs délais,

 

Patrice Dubois, artiste


De : Olivier Kemeid
À : Patrice Dubois

Date : 20 août 2010

 

Ah mon cher,

Ça tombe bien, je voulais vous en parler justement : les réflexions deviennent des scènes.

Voyons-nous bientôt là-dessus : je pars pour Le Bic illico et en reviens mardi. On s'appelle?

 

Olivier Kemeid


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 22 septembre 2010

 

Ami(e)s

Des choses m'apparaissent à la relecture de Five Kings. Je vous en fais part.

 

Je me suis replongé dans le texte avec beaucoup de plaisir. Beaucoup d’incompréhension aussi. C’est quelque chose à lire. Thee, thy, tstdt, shall… Mais bon, comme je connais un peu mes classiques… j’ai compris quand même.

 

J’avais oublié des choses. Dont celle-ci : la version que nous avons entre les mains (et seule version existante) est la première étape du méga-projet que Welles avait en tête. Il s’agit des trois premiers actes d’une pièce beaucoup plus longue et d’envergure. La version actuelle, vous l’aurez remarqué, parle à peine de Richard II et pas du tout de Henri VI et Richard III. Il s’agit présentement de trois rois et non cinq.

 

Je crois que nous devons compléter le méga-projet et aller puiser dans les pièces manquantes pour recréer Five Kings. L’idée aujourd’hui est de reprendre là où Welles a laissé. Projet d’une vie. Successivement abandonné et repris. Je propose d’entamer ce nouveau coupage qui commencerait par le roi faible Richard II et se terminerait avec le démoniaque III.

 

L’action principale est ici déterminée par l’ascension de Henri V (the prince) au trône et par son lien avec Falstaff. C’est très intéressant parce que c’est la notion filiale et paternelle qui est exploitée. Le prince a été « élevé » par Falstaff malgré que son père biologique soit Henri IV. Il va expédier son royal de père pour enfiler la couronne et, une fois roi, va répudier son bâtard de père « I know thee not, old man », devant tout le monde.  

 

Patrice


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 28 septembre 2010

 

Ami(e)s de l'art dramatique,
 

Suis à relire les Henri VI et bientôt les Richard. M'en vais en tournée, vais avoir du temps pour passer la moissonneuse-batteuse dans au moins une de ces pièces.
 

Je me propose de faire des coupures dans Henri VI pour diriger l'action vers l'ascension de Gloucester alias Richard III et la guerre des roses. Faudra faire le ménage aussi dans Richard II et III. Travail colossal qui devra aller dans le même sens que ce que Welles avait fait : un travail libre de coupures, de collages, de répliques, etc. Lui n'avait gardé que la moitié des oeuvres originales. Je vais le faire dans un texte déjà traduit, ce sera peut-être weird, mais ça rendra la tâche moins ardue à Olivier pour le mettre à sa main ensuite.

 

Les faits intéressants de la semaine :

* Henri VI est super jeune. Il a 9 mois quand il accède au trône et dix ans quand il devient roi de France en plus.

* Il avait souvent des crises de démence.

* Dans le théâtre élisabéthain, l'endroit sur scène où était jouée la Tour de Londres était le même où était situé le balcon de Juliette.

 

On parle de monter deux tétralogies.

Partie I : Richard II, Henri IV, Henri V

Partie II : Henri VI - 1, 2, 3 - et Richard III

Lepage et Wagner? De la petite bière.

 

Joel Miller a accepté de venir nous donner 2 cours sur la versification shakespearienne, la rhétorique et l'histoire de ces pièces.

C'est un cours qu'il donne à Concordia. Ça se ferait en janvier.

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 29 septembre 2010

 

Amis du grand auteur arabe selon Khadafi (le dictateur fou de Libye a sérieusement défendu la thèse que le vrai nom du grand Will était « Cheik Spir »),


Tout cela est en effet excitant.

Patrice : oui, ce n'est jamais mauvais de commencer à tchopper, ça permet de mettre le doigt sur ce qui nous allume. On aura toute liberté ensuite d'en faire ce qu'on souhaite.
 

Mes grands titres de la semaine : je suis plongé dans la lecture d'un chapitre de l'essai dont je vous ai parlé, Culture d'en haut/Culture d'en bas. Le chapitre s'intitule « Shakespeare en Amérique ». L'auteur, Levine, tente de comprendre comment l'oeuvre de Shakespeare, qui appartenait autant aux classes populaires qu'aux élites (et peut-être même plus aux classes populaires), a quitté le peuple pour aller s'enfermer dans les salles des biens nantis. Ce « déplacement » s'est opéré aux États-Unis au tournant du XXe siècle; plusieurs facteurs expliquent cette funeste révolution, mais une retient particulièrement mon attention : au XIXe, la nature profondément baroque, hétéroclite, presque « patchwork » de Shakespeare est pleinement assumée. Les troupes qui le montent, jusque dans le Far West américain, n'hésitent pas à faire côtoyer le rire et les larmes, le tragique et le burlesque, les pets et la noble poésie. Tous les accents s'y retrouvent, tous les types, et on ne recule pas devant la parodie : Bad Dicky, adaptation libre de Richard III, fit fureur dans les saloons. 

 

Shakespeare n'a que faire des collants, de la grande tirade surdéclamante, des loges bourgeoises et autres fioritures de notre temps; il préfère la racaille des ruelles, la poussière des étables et la bonne odeur de purin. Il aime la foire, les bateleurs, les publics grossiers. Le XIXe siècle américain (un siècle pas possible, barbare, cow-boy, un gun toujours à la ceinture, des filles de joie à chaque coin de rue et la syphilis régnant en maîtresse absolue, bref l'équivalent du XVIIe siècle britannique) vénérait Shakespeare. Une statue fut érigée à Central Park, NY, où l'on écrit :

« Ancient World, he was yours, he's now ours. »

 

Quelle belle consigne d'appropriation! On devrait se graver cette phrase au-dessus de la porte de notre projet.

Olivier


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 10 octobre 2010

 

À l'époque des Richard et Henri, l'Angleterre était divisée, se battait avec l'Écosse, l'Irlande et la France. Henri VI a été roi de France un court instant, évoquant la loi salique, et nombre de nos personnages dirigent des duchés en France. Catherine de Valois a été promise et offerte à Henri V. On dit qu'à la cour anglaise on parlait français et, peut-être le fait le plus important, l'Angleterre était chrétienne-catholique. Remarquez combien la doctrine de cette religion plane partout dans l'oeuvre. Le bien et le mal y sont constamment évoqués. 

Tout ça pour dire que...

Un mélange d'anglais et de français, un métissage des accents et des langues, des personnages en crise identitaire, des batailles intra-utérines à répétition (esprit de clocher), corruption, état fédéré, religion catholique, etc., etc.

... Ça commence à ressembler au Québec de maintenant.

« Ancient World, he was yours, he's now ours. »

 

Patrice


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date: 9 mars 2011

 

Enfants de la patrie salut,
 

On a eu une rencontre fort intéressante avec Joel Miller. Vous serez déçu d'apprendre que la captation vidéo n'a enregistré que le 1/4 de cette rencontre. 

Caliss.

Alors, Oli, tandis que la mémoire marche encore, prends des notes de ce que tu te rappelles. Je ferai de même.

Nous avons fixé une deuxième rencontre le 1er avril de 9 h à 12 h au PàP. Pourrez-vous y être?

 

Bonne journée,
 

Fabrice Brisebois


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 10 mars 2011

 

Joel Miller, c'était de la bombe.

J'ai retenu pas mal de trucs, je vais pouvoir vous faire un topo.

 

Olivier


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 3 juin 2011

Depuis longtemps, trop je ne sais pas, Five Kings était en orbite autour de ma tête. Martin Labrecque et moi nous étions promis d'en faire quelque chose un jour, alors je savais que, tôt ou tard, ça y serait.

Lundi le 6 juin prochain, une grande étape débute qui nous mènera jusqu'en 2013, une fois la fin du monde passée, à la création sur scène de ce projet qui doit être considéré mégalomane. 

Si vous en êtes les proches parents, il faut s'attendre à ce qu'une trâlée de petits-cousins se joigne à nous au cours des différentes étapes. Et c'est tant mieux. 

Ce projet doit être influencé par tous ceux et celles qui le tâteront. Je veux que ça bouge, que les idées circulent et qu'elles proviennent, ces idées, de sensibilités et d'intelligences diverses et distinctes. Ce n'est pas un bar-open. Les artistes qu'on invite forment une équipe dont les membres ont quelque chose en commun : ce sont justement des artistes. Je ne m'attends pas pour autant à ce que vous arriviez aux répétitions en unicycle, non. Je m'attends à ce que chaque moment de travail serve à construire l'écriture du show et à ce que vous en soyez partie prenante par votre présence, votre discours, votre talent.   

Ainsi, vous passerez, vous resterez, vous partirez, vous reviendrez et d'autres feront de même.  

Et nous, Olivier à la traduction, Frédéric à la mise en scène, Martin au design scénique, Catherine au design technique et moi à la direction artistique resteront, donnant à la chose son unité. 

Lundi donc, nous commencerons par le début. C'est-à-dire que nous lirons, dans la traduction de Despras le collage de Welles de 1939. 

Discussions, lectures, discussions, lectures, la semaine passera vite, vous verrez. Et ce sera l'occasion de poser les bases de notre travail. Et de mieux voir, mains en visière sur le front, le chemin qui nous attend. 

En attendant, je vous remercie d'être là. 

À bientôt.  

Patrice  


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 13 juin 2011

 

Bonjour à tous,

Réflexions post-atelier

J'ai continué à réfléchir à notre discussion bien intéressante après l'atelier. Il est évident que les avenues sont multiples, autant qu'il y a d'auteurs ! J'en distinguerais cependant 6 principales :

a) l'orthodoxe : on monte les Five Kings de Welles tels quels avec les traductions existantes (celle de Déprats par exemple).

b) l'orthodoxe augmentée : on complète les Five Kings avec des montages des autres pièces de Shakespeare, toujours dans les traductions de Déprats

c) la post-moderne : on prend les Five Kings comme matériau textuel et on flye là-dessus. C'est tout le projet de la « Shakespeare Factory » d'Heiner Müller avec Hamlet-Machine, Macbeth, Anatomie Titus Fall Of Rome... Les références d'Azincourt côtoient celles de Staline, Hitler, Jean-Paul Sartre et Eschyle.

d) la réinventée : la veine de Vie et mort du roi boiteux, My Own Private Idaho, Le Parrain, etc. Les Five Kings seraient un des éléments principaux d'inspiration pour une « nouvelle pièce », tout autre, sans souci de fidélité.

e) l'adaptée infidèle : ce sont les scènes que j'ai écrites jusque-là. Mêmes personnages, mêmes actions de base, mais langue et univers référentiel différents. 

f) l'adaptée fidèle : c'est la veine de Valère Novarina et de son très beau Falstafe, que je viens de relire. Novarina s'était fait « commander » par Marcel Maréchal une adaptation d'Henry IV. Il a décidé de se concentrer sur le personnage de Falstaff, comme Welles, et a traduit puis mis dans sa langue la langue de Shakespeare. Le résultat est beau et très fidèle à Shakespeare. Novarina n'a rien « adapté » des références, par contre il a massivement coupé, resserrant les actions, évacuant volontairement l'arrière-fond politique. Ce qui l'intéresse, c'est la figure de Falstaff et le fait que l'abandon de Falstaff, c'est l'abandon du jeu, et donc de l'enfance.

 

Je crois que Patrice a en tête le « f », ou en tout cas avait en tête le « f » quand il est venu me chercher pour ce projet. Fred, lors de la discussion, se disait rester ouvert à tout, dont la « c », la « d » et la « e » (mais n'excluant pas la « f »). 

C'est important que l'on réfléchisse bien à ces options. Cela va déterminer toute la suite du travail. Je ne dis pas qu'il faut choisir demain. On pourrait se dire par exemple que, fin août/début sept., j'arrive avec des scènes de type ”c », « d » et « f ».

Autre point : si on devait suivre la « f », il y a encore une question : complète-t-on le montage de Welles ou non ? Un problème survient dans ce cas : le personnage de Falstaff serait relégué au second plan. Déjà, dans la version de Welles, il meurt aux 2/3 de la pièce. Tout ce qui relève d'Henry V se passe sans lui. Ça me semble poser un problème sérieux d'intérêt. Welles corrige ce tir avec son film, dans lequel Falstaff est présent du début à la fin. Novarina ne pioche pas non plus dans le Henry V, il clôt sa pièce avec la mort de Falstaff. 

Par contre, en ne conservant que le Henry IV, on a très peu de rôles de femmes. 3 en fait : Doll Tearsheet (Lola Troussedraps), Miss Quickly et Kate Percy.

 

À bientôt

 

Olivier


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 15 juin 2011

 

Ami (e) s,

 

Du 17 au 27 octobre, gardons-nous libres effectivement. On pourrait couper la poire en deux :

Rawdon semble être très approprié pour s'enfermer quelques jours. Québec aussi peut être une option. 

Fred, y aurait-il moyen qu'on occupe un local particulier à Québec ? La Caserne un 3-4 jours ? Peux-tu vérifier avec tes contacts ? 

 

Le [Théâtre] PÀP va donc endosser le projet, je vous le confirme. Cela n'exclut pas qu'on aura besoin de partenaires multiples et différents.

On a soulevé l'autre jour un TFT [Théâtre des Fonds de Tiroirs] qui offrirait des ressources humaines, un TTT [Trois Tristes Tigres] qui pourrait se positionner advenant son passage au fonctionnement, un Carrefour et/ou un FTA coproducteurs et une compagnie FK inc. fondée par Marty et moi qui serait producteur délégué. 

 

En réponse aux réflexions post-atelier d'Olivier

a) l'orthodoxe : on monte les Five Kings de Welles tels quels avec les traductions existantes (celle de Déprats par exemple). 

Je serais pas allé chercher Olivier Kemeid. (amène ta soeur ggr)

b) l'orthodoxe augmentée : on complète les Five Kings avec des montages des autres pièces de Shakespeare, toujours dans les traductions de Déprats.

Je suis capable tu seul.

c) la post-moderne : on prend les Five Kings comme matériau textuel et on flye là-dessus. C'est tout le projet de la « Shakespeare Factory » d'Heiner Müller avec Hamlet-Machine, Macbeth, Anatomie Titus Fall Of Rome... Les références d'Azincourt côtoient celles de Staline, Hitler, Jean-Paul Sartre et Eschyle. 
d) la réinventée : la veine de Vie et mort du roi boiteux, My Own Private Idaho, Le Parrain, etc. Les Five Kings seraient un des éléments principaux d'inspiration pour une « nouvelle pièce », tout autre, sans souci de fidélité.
e) l'adaptée infidèle : ce sont les scènes que j'ai écrites jusque-là. Mêmes personnages, mêmes actions de base, mais langue et univers référentiel différents. 
f) l'adaptée fidèle : c'est la veine de Valère Novarina et de son très beau Falstafe, que je viens de relire. Novarina s'était fait « commander » par Marcel Maréchal une adaptation d'Henry IV. Il a décidé de se concentrer sur le personnage de Falstaff, comme Welles, et a traduit puis mis dans sa langue la langue de Shakespeare. Le résultat est beau et très fidèle à Shakespeare. Novarina n'a rien « adapté » des références, par contre il a massivement coupé, resserrant les actions, évacuant volontairement l'arrière-fond politique. Ce qui l'intéresse, c'est la figure de Falstaff et le fait que l'abandon de Falstaff, c'est l'abandon du jeu, et donc de l'enfance.

c, d, e, f : Je veux pas me fermer à quoi que ce soit, mais je penche pour conserver la liberté de Welles sur Shakespeare et d'en augmenter le contenu avec les Richard et Henri le sixth. Falstaff sera le coeur, mais il n'y aura pas que lui.

 

Je suis d'accord pour laisser tomber les références au 14e. Mais je suis d'avis qu'il faut pas se mettre à remplacer par du Jean Charest et du Jean Béliveau. 

 

J'opterais pour des références iconographiques : un C.A., un clergé, un territoire, une conquête, un siège, un pouvoir. Garder ça large et universel.

 

Deux possibilités m'habitent :

·      Toute cette épopée pourrait se passer au 13e étage de la London inc. Et on se passe le poste de PDG. Et toute l'action se passe maintenant, en 2013.

Ou

·      on pourrait, au lieu de voyager sur cent ans, voyager sur 500-600 ans et jouer avec la langue, les références, les styles. Ainsi : le roi Richard II (Londres élisabéthain), l'industriel Henri IV (Londres d’Oliver Twist), le PDG Henri V (Londres de Tatcher), le président Henri VI (Londres Post-2001) et le dictateur Richard III (Londres Post printemps Arabe) pourraient cohabiter, il me semble, dans cet univers iconoclaste ?

 

Voilà voilo voilali voilalu,

salut,

 

Patrice Dubois


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 3 août 2011

 

Oli salut,

 

Je ne peux pas le 16, suis pas disponible. Ça m'aurait fait plaisir, désolé.

 

Je suis content que tu passes un bel été français. L'été québécois a été bon, je ne suis pas encore prêt à revenir au travail complètement.

 

Pour ce qui est du CALQ, le jury a recommandé notre projet et on a été bloqué à l'administration, faute de fonds.

Faudra remettre tout ça en septembre-octobre pour une éventuelle résidence en avril. Si ça tient toujours pour toi, vous, nous. Moi, je suis bien partant.

 

J'ai hâte de replonger moi aussi.

 

Serait-ce possible pour toi que l'on bosse entre le 19 septembre et le 7 octobre ?

En fait, j'ai eu une proposition pour aller tourner quelques jours à Genève fin octobre et, si ça se concrétise, j'aimerais bien pouvoir accepter.

 

Salue tous les amis que tu rencontreras dans les musées et embrasse ta blonde et ton fils. Je crois qu'ils sont toujours là-bas avec toi, non ?

 

À tout de suite,

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Patrice Dubois

Date : 10 août 2011

 

OK, pas de trouble pour le 16.

Damn it pour le CALQ.

Oui, entre le 19 sept. et le 7 oct. Cependant, j'attends des dates de répétition pour mon spectacle en janvier au TdA [Centre du Théâtre d’Aujourd’hui]. Mais ça devrait pouvoir se glisser.

Profite bien de tes vacances, ne lis pas trop de emails.

 

Olivier


De : Patrice
À : Tous

Date: 26 octobre 2011

 

FK.

Hier.

 

Sujet 1. La Chartreuse.

Olivier a exposé l'état des lieux, a dessiné les allées bordées d'arbres centenaires et les pierreux sentiers d'inspiration.

Qui y sera ?

Catherine, Martin, Fred, Patrice

Qui est-ce qu'on aimerait qui y soit ?


Catherine et Martin devront veiller bientôt à la fiche technique nécessaire à notre travail et/ou aux équipements qu'ils ont et qui nous seront utiles.

Il faudra un plan de travail très précis avant d'aller là-bas.

 

Sujet 2. Le travail.

Nous avons longuement discuté du sens de notre adaptation et des voies qui s'offrent à nous.

On s'est entendu sur des choses ;

a) On découpe le travail par phases. Je propose qu'on y aille ainsi : Richard II / FK 1 / FK 2 / FK 3 / Henri VI / Richard III

b) On privilégie une adaptation plus objective que subjective . Olivier ne s'occupe pas, au premier chef, de camper l'action dans un CA ou un conseil royal, en Gaspésie ou en Turquie.

On épure plutôt : l'Angleterre devient « le pays », la France devient « l'ennemi », Azincourt devient « la bataille », etc.

c) On laisse la langue d'Olivier émerger tout en suivant la « structure » des pièces (une fois coupées, triturées par Welles ou par nous). L'histoire nous intéresse.

d) La mise en scène pourra ancrer dans la modernité cet ensemble. Ça ne repose pas que sur l'adaptation.

 

On a aussi parlé du titre qui sera appelé à changer : 5K, FK, Cinq Rois, 5R, Des rois, 2, 3, 4, 5, 6... Pour l'instant, Five Kings demeure notre titre de travail.

Est-ce que j'oublie quelque chose ? À part le fait qu'on se retrouve le 16 décembre à 14 h ?

 

Patrice Dubois


De : Jocelyn Lagarrique
À : Martin Labrecque

Date : 15 décembre 2011 


Bonjour Martin,

Je me souviens bien de toi et de cette aventure incroyable dans la cour d'honneur.

J'ai lu ton courriel et je serais très heureux de vous rejoindre à la Chartreuse au mois de mai.

Ce qui se passe c'est que j'attends une réponse de travail pour la même période, mais rien n'est encore signé de ce côté.

Je devrais être fixé dans peu de temps, je te dis ça dès que je sais. En tout cas, j'ai lu le dossier et ça donne très envie d'y participer.

Je suis touché que tu aies pensé à moi et je te dis à très vite, Martin !


Jocelyn


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : janvier 2012


Messieurs, dames,


De bonnes nouvelles tout ça. Park Krausen, Jocelyn Lagarrigue et Julianna, voilà un bon mélange culturel.

Cette perspective de collaborer avec des gens de cultures diverses enrichira le projet c'est certain. J'opterais donc, si jamais on veut un autre comédien, pour un Européen. On verra.

Fred, peux-tu imaginer travailler avec les étudiants du conservatoire avant le 8 mai ? J'imagine. Ça veut juste dire qu'on fait des répétitions avec eux et on les oublie pour la présentation labo. Je crois que c'est possible. Toi ?

Martin, peux-tu confirmer à Jocelyn qu'on l'accepte dans notre secte ?

Catherine, n'oublie pas le contact avec la direction technique. Que toutes communications passent désormais par toi pour éviter qu'Olivier se tape cet aspect du travail. 

À tout de suite,


Patrice Dubois

Béatifié le 16 juin 2480


De : Frédéric Dubois
À :  Tous

Date : 23 février 2012


Bonjour Messieurs. 

Ça arrive vite notre affaire, et j'avoue que je ne sais pas comment articuler le travail que nous irons faire en France. Olivier aura un texte, des bribes du moins, on aura de quoi attaquer en tout cas. 

Mais la suite ?

On s'était entendu que, pour faciliter la tâche, il était impensable qu'Olivier bûche sur tout en même temps. Je le pense encore. Mais voilà, suite à une discussion avec Patrice, je débarque avec ceci. 

Comme nous voulons traverser les cinq pièces, et que notre travail final est l'histoire des cinq rois, je propose que chacun soit responsable de « garder » les autres oeuvres. Ainsi, pendant le travail à partir du texte d'Olivier, si nous sommes sur nos gardes, il nous sera toujours possible de lancer une piste qui concerne les quatre autres pièces. Si on entrevoit une situation similaire, un enjeu qui pourrait amener des réponses, un personnage qui pourrait intervenir, ce sera plus facile et individuellement, on n'aura pas à tout relire constamment. 

Par exemple, Olivier a Richard II, Martin, Henri IV, Patrice, Henri V, etc. 

Ça vous tente ?


Frédéric Dubois


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date: 28 février 2012

 

Salut,


En accord avec Fred, voici ma proposition de travail en France. 
Faudra donc mettre ça en grille, Cath.

D'ici le printemps, il faudra avoir envoyé le plan de travail aux comédiens. Que tous aient les bons textes en main.

Je veux aussi que tout le monde ait un DVD lisible selon leur région du globe de l'entretien avec Joel Miller d'avril 2011.

Olivier, tu auras sûrement des précisions à apporter à ce plan de travail : les scènes que tu penses avoir en main au début de l'atelier, par exemple.

Martin aussi : sur ton apport, ta recherche préalable sur la manière élisabéthaine et que sais-je encore. Tout ce que tu pourras apporter qui pourra servir à outiller la mise en scène.

Relancez-moi donc le plus vite possible sur cette proposition, svp.

 

Voici :

Nous avons 10 jours pleins de travail, soit à peu près 80 heures.
Nous avons comme outil le FK de Welles [FKW] lu l'an dernier. 
Et ce qu'Oli aura écrit avant notre arrivée. Il souhaitait avoir en main un document d'une cinquantaine de pages.

 

Le FKW [Five Kings Welles] est notre point de départ, ce sur quoi on s'inspire : le style, le rythme, les ellipses, la liberté à l'égard de Shakespeare. C'est aussi le coeur du récit : la trahison, la lutte des classes, la petite histoire dans la grande, la quête du fils.  
Sur le FKW, nous accolerons éventuellement les autres pièces, ou des passages des autres pièces (par exemple, la scène des reines dans Richard III, Jeanne D'Arc, Richard II dans la tour)

 

La Chartreuse doit être un centre d'essais divers qui permettront de tirer les lignes directrices de l'éventuel spectacle. 
Travail sur l'adaptation, la structure.
Travail sur la langue de l'adaptation.
Travail sur le jeu.
De ces recherches sortiront des réponses relatives à la mise en scène et à l'esthétisme de la chose.
Il faut pitcher, sans chercher à construire encore. 

 

J'aime cette idée d'être gardien des pièces. Ça pourrait aller comme suit :

Olivier — Richard II

Martin — Henri IV

Patrice — Henri V, Henri VI (première partie)

Fred — Henri VI (deuxième et troisième partie) et Richard III

 

Donc, on lira les textes écrits par Olivier et celui de FKW - 15 heures.
On travaillera sur les scènes préparées - 30 heures.
Ensuite, on ajoute des scènes qu'Olivier écrit en cours de route ou qu'on choisit parce qu'elles pourraient nous aider à trouver ce qu'on cherche - 15 heures.
Un huit heures pourrait être alloué à du travail de choeur avec les étudiants : scène de bataille, de groupe, de révolte, de taverne, de C.A., d'Occupy... - 8 heures.
Je crois que, tout au long du travail, on pourrait demander aux comédiens de travailler sur tel ou tel texte, de revenir le présenter, d'écrire même, s'il le faut, de faire des équipes qui bossent sur des thèmes, des idées - 15 heures.

 

Moi, je travaillerais inspiré de la méthode Ex Machina, à raison de 8-9 heures par jour:

1. lectures de textes/analyse — le matin
                   Lecture FKW
                   Lecture des textes d'Olivier
                   Les gardiens des pièces pourraient nous faire découvrir de jour en jour des scènes clés
                   de leurs oeuvres. On les lit, les analyse, les décortique, on en rit, on les jette (je ferais
                   un horaire préalable).
                   Lecture de textes d'analyse
 

2. repos/écriture/apprentissage/préparation — l'après-midi
                   Selon ce que l'on s'est dit, chacun se retire, seul ou en groupe, pour préparer son
                   travail. Deux comédiens ensemble, Olivier écrit, Fred anticipe, Martin fait le tour.
 

3. répétition/mise en place/travail dans l'espace — le soir
                  Répétitions desquelles nous tirons des conclusions qui influenceront les jours suivants.

 

Catherine pourrait, à partir de ce qu'Olivier avait présenté en juin 2011, former des tableaux de chronologie, des arbres généalogiques, des lignes du temps, etc, voir à ce que l'on soit bien équipé pour analyser, voir, comprendre.

Martin, directeur de la scénographie, pourra nous nourrir de références visuelles, nous donner de la perspective à l'aide d'oeuvres d'artistes visuels, d'objets d'art. 

À ce propos, avant de partir dans tous les sens, je m'appuierais sur les conventions du théâtre Élisabéthain pour définir l'espace.

J'aimerais qu'on exploite cette avenue, au même titre qu'on a rencontré Joel Miller pour parler de la versification et du contexte d'écriture. Approfondir les conventions théâtrales propres à cette époque pour peut-être mieux comprendre le récit, la structure du récit, les personnages, etc. Ensuite, si on veut, on démolira avec joie tout ça.
 

Voilà,

 

Patrice Dubois

Béatifié le 16 juin 2480


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 12 mars 2012


Suite à notre réunion de vendredi passé, quelques réflexions.

L'action de vouloir arrimer le projet à notre alliance de producteurs PÀP-TFT-TTT avant l'étape de la Chartreuse ne me semble pas tout à fait logique. J'ai la nette impression que l'on veut entrer dans un moule ou former le projet à un moule qui n'est pas le bon. Nous avons besoin de nous réunir, nous quatre (excuse-moi Catherine, mais tu comprends ce que je veux dire, j'en suis sûr) avant de procéder à un plan producers. Nous avons besoin de nous mesurer au projet avant d'inventer une métastructure faite de colonnes de chiffres. Nous avons besoin du quatuor d'électrons libres. 


Nous avons bien sûr une formidable expérience de producteur, nous savons comment fabriquer des spectacles chacun dans notre cellule. Mais le fait de vouloir collaborer demande que l'on regarde de plus près un tas de choses. Et ce tas de choses ne devrait pas en premier lieu nous dicter comment nous travaillerons en France. 


Je propose qu'on remplisse les demandes de bourses comme on s'est dit, que l'on construise le travail selon le schéma entamé (que je vais peaufiner sous peu), que l'on aille au bout de l'étape Chartreuse et qu'ensuite, forts de toutes nos trouvailles et conclusions, nous bâtissions un « plan d'avenir fort pour les Québécoises et les Québécois que nous sommes ». Oups, Jean Charest m'assaille.


Qu'est-ce que Martin, Frédéric, Olivier et Patrice ont à dire avec ça, Five Kings ? Comment les autres artistes présents nous aideront à le dire ? C’est ça qui est important. 


De la même manière que nous ne promettons rien, pas de job, pas de rôle à personne, ne nous promettons pas davantage que ce qu'il y a à faire maintenant, à ce stade.


Moi en tout cas j'ai déjà plus hâte quand je vois les choses sous cet angle.


Qué pensa ?


Patrice Dubois


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 12 mars 2012


Oui, bien, tout à fait d'accord.

Je suis partagé quant au choix du dernier acteur. Il y a un noyau à former ; même si les acteurs pressentis pour la résidence ne seront pas obligatoirement ceux du spectacle, je trouve qu'on a avantage à commencer à travailler avec des acteurs qui feront partie d'un noyau.

C'est une décision que nous devons prendre rapidement, mais je pencherais pour prendre un des noms d'acteur québécois que nous avons nommés.


Olivier


De : Fred
À : Tous

Date : 21 avril 2012

 

Sur les personnages secondaires.

 

Parce que la question qu’on se pose en repassant sur les rois c’est : qui est le roi aujourd’hui ? Pour essayer de dégager une ligne qui nous raconte dans notre monde, c’est lui qu’on veut trouver. Le roi. Et puis le projet ne s’appelle-t-il pas Five Kings, les cinq rois... ?

Mais en relisant encore ces textes majeurs, où les guerres se trament, où les trahisons tentent de s’écrire, passant des couloirs sombres de Westminster aux tavernes, je me suis davantage intéressé aux personnages secondaires. Parce que si j’étais un acteur, ce sont eux que je voudrais jouer. En dirigeant, je sais que ce sont eux qui me feraient vibrer. Comme avec Madame Roberge dans le roi boiteux. On était tous tristes de mettre en scène sa mort à cette vieille peau qui lance du sable sur la maison de la reine Catherine (que j’aime d’un amour infini aussi, mon exemple n’est pas le meilleur, mais je me suis rappelé cette vieille folle magnifique et j’ai eu le goût de le souligner).

Bref, ce qui m’attise c’est la fureur de ceux qui cherchent à changer les choses. Peu importe les raisons. Ceux qui voit partout un complot, qui ont peur pour leur peau, peur pour vrai, ceux qui veulent revenir à la paix d’antan. Les enragés qui le sont parce qu’ils subissent. 

Aussi parce que le roi se meurt (sic) toujours. Du moment où il est en haut, il commence à s’effondrer. Son ascension a pour sommet son couronnement et le lendemain, il ne dort plus, comme Henri IV, qui souffre littéralement d’insomnie. 

Il ne bouge pas, il attend. La fourmilière grouille, le roi attend. C’est un symbole, toujours la chose à détruire. La chose qui nous assimile, qui nous étouffe. 

Bon, je le répète, théâtralement, les corridors sont plus vivants que les salles du trône. Celles-ci sont pour les cérémonies.

Je me demandais donc deux choses, l’une menant à l’autre :

est-ce que ce n’est pas plus intéressant de toujours raconter sous l’angle de ceux qui sont en dessous des rois ? Les rois sont le symbole. Et comme aujourd’hui le roi n’est plus seulement une tête couronnée, on a de la misère à mettre le doigt dessus, à le nommer, à le trouver. Il est multiple. Il n’est plus un. Jean Charest ou Harper sont-ils des rois ? Je ne pense pas. Ils sont l’idée d’un roi, mais ce qui fait le pouvoir est en dessous, ou à côté ou dans un monde virtuel...

La deuxième chose que je pense est que le roi, c’est une marque. Un logo. Une cote en bourse. Il n’existe pas. Une série de chiffres. C’est une invention, le roi. On va marcher demain pour le Jour de la Terre et à qui nous adresserons nous ? Au roi de quoi ? De qui ? Le roi, c’est une idée. Un point focal. Une direction. Et ceux qui se battent pour ou contre mettent véritablement leur vie en jeu, leurs tripes. Ils sacrifient famille, santé, idées, rêves, et meurent sans savoir pour qui, pour quoi ?

À la défense de ceux-là, des secondaires.

 

Merci

Fred


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 27 avril 2012

 

Mes ami(e) s,

Nous commencerons dans quelques jours l’étape de recherche de la Chartreuse. Vous y serez, nous y serons. J’ai personnellement très hâte de concrétiser cette chose qui plane depuis longtemps dans nos esprits. Vous avez reçu le plan de travail déjà, c’est bien. Vous avez vu qu’on ne compte pas chômer. Ça aussi c’est bien.

En effet, on veut profiter au maximum de ce vase clos en région éloignée (!!!), et du fait que nous serons concentrés, pour faire de grands pas avec ce projet Five Kings.

Pour nous, du noyau central, cette étape devrait orienter toutes les autres quant aux choix de traduction et d’adaptation. Nous y cherchons des balises.

C’est pourquoi nous allons nous permettre d’être très spontanés vis-à-vis du contenu des répétitions.

Nous demeurerons ouverts afin d’accueillir les idées, les trouvailles, les volontés. Et nourrir Olivier, qui s’attelle à la grande tâche de l’écriture.

Les matins seront consacrés à l’étude des textes, au partage d’informations, à des discussions entre nous. Ça tiendra davantage du travail de table, de l’analyse de textes.

Les soirées nous serviront à explorer le jeu, à jeter des bases de mise en scène, à tenter des pistes.

Les après-midis seront des périodes d’écriture pour Olivier ou d’apprentissage de texte ou de préparation pour les comédiens.

 

Avec comme matière une version tronquée de Richard II, le collage d’Orson Welles de 1939 et des textes écrit par Olivier, nous allons :

Prendre à partie la dramaturgie, les courbes et les rythmes dramatiques. (Nous nous arrêterons sur les personnages pivots et évidemment sur les secondaires, qui sont souvent plus intéressants encore.)

Travailler sur la langue de traduction.

Explorer le style de jeu, le rendu. Et par là, jeter les bases de la mise en scène.
 

Ça, c’est la table mise devant nous. Goûterons-nous à tout? On verra.
 

Le 14 mai, en soirée, des gens viendront assister à une « représentation » de cette étape de recherche. Ce sera peut-être une lecture mêlée de quelques scènes jouées. On sait pas. On verra.

Je suis très heureux que vous y soyez, tous et toutes. Je suis aussi heureux que vous ayez accepté de plonger avec des artistes que vous ne connaissez pas (pas encore).

Ce métissage incarne bien l’esprit qu’on veut prêter au projet.

Je vous refile quelques documents intéressants en pièce jointe.

Je vous rappelle de lire Richard II et Henri IV si vous le pouvez. Et de regarder la vidéo WeTransfer avec Joel Miller.

Ne vous gênez pas pour amener des livres, des citations, n’importe quoi que vous inspire ce travail et vos lectures.

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Patrice Dubois

Date : 17 mai 2012


Ça va-tu mon ami?

Ici bof, je veux dire je suis en super deuil de votre départ. J’ai carrément trouvé ça violent. Il nous aurait fallu 20 jours.

200 jours.

Quelle résidence, nom de dieu, quelle utopie, quel bonheur.

Merci encore mille fois à toi et à Martin d’avoir rendu ça possible.

Sinon quoi te dire, à part que je ne sais pas si je vais revenir à Montréal. Je n’ai jamais autant voulu larguer les amarres.


Amitiés


Olivier


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 18 mai 2012


Mon cher ami,

Une vapeur d’eau enveloppe nos corps décalés pour nous souvenir encore de ces moments que nous avons vécu.

Déjà, les gens autour savent. Ça se sent, ça se sait. Décalés en heures, mais surtout en pensées, nous errons. Alors que les bourgeons éclosent, le doute enivrant nous prend.

Ça a été extraordinaire.

Merci à toi pour cet effort d’écriture. Un fil nous reliait, le courant nous propulsait.


Ici, le discours parfaitement bien manipulé du Québec inc. libéral est en train d’emplir les bouches. Ça y est, c’est devenu une affaire strictement montréalaise-gauchiste-d’artistes-de-sans-génies-de-têtes-folles. Aussi, la loi spéciale du gouvernement m’effraie moins que ce qu’en disent les belles gens. Le mépris ne vient pas de l’Ontario ni des É.-U.; il vente sur le fleuve, remonte les courants. Il est en nos terres.

Les journaux pullulent aussi de ta belle photo du Théâtre d’Aujourd’hui. Belle campagne cette année. Beau profil.


Patrice

N. B. Je te refile un article de Lise Payette du Devoir de ce matin. C’est pas de la grande prose, mais ça fesse. 


De : Olivier Kemeid
À : Patrice Dubois

Date : 23 mai 2012


Salut mon cher,

Merci pour tes bons et beaux mots.

Ils me font grand bien dans la solitude des murs épais de la Chartreuse.

Grand feu de petits fagots, je crois que c’est Gabrielle Roy qui écrivait ça. Oui, nous faisons de grands feux avec de petites branches.

Merci pour la chronique de Payette, elle est effectivement très belle.

Ne désespérons pas quant à la tournure des événements au Québec; jamais la jeunesse ne m’a paru aussi belle. N’y aurait-elle que celle-ci, cela en vaut la peine. Les révolutions commencent avec huit personnes avant de rejoindre les foules.

Amitiés


Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Patrice Dubois

Date : 14 juin 2012


Hier, une régate est passée devant la plage où nous étions. 

Je pensais à ce grand marin que fut Bernard Moitessier. Alors qu’il était en train de remporter le Vendée-Globe, l’une des courses en solitaire les plus ardues du monde, il croisa un cargo chilien. Coupant court à toutes ses radiocommunications, il leur lança une bouteille à l’aide d’un lance-pierre.

Sur le papier, il avait écrit : « Détourne mon trajet. Ne finirai pas la course. Continuerai sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. »

Il ne revint jamais sur terre, abandonna sa vie terrestre, publia ses récits de voyage et continua à voguer sur les mers jusqu’à sa mort.


Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 17 juin 2012


Salut à tous,

Bien triste de n’avoir pu être des vôtres lors de votre rencontre. Patrice m’a cependant bien résumé la chose. Je lui ai dit OK pour écrire en novembre afin que nous puissions travailler sur la nouvelle matière en décembre, tout en restant un petit peu en deuil de notre manière de fonctionner à la Chartreuse. Mais je suis bien conscient qu’on ne peut se payer ça à toutes les étapes!

J’ai cependant attiré son attention et attire la vôtre sur le volet « diffusion/recherche de coproducteurs ». Je suis assez confiant maintenant que nous avons un petit trésor dans nos mains et cela m’attristerait que ça reste confidentiel. Soyons clairs : je ne voudrais pas que les prochaines étapes soient exclusivement consacrées à la recherche de partenaires, mais il m’apparaît incontournable que les résultats de nos étapes de création doivent être montrés aux professionnels. Genre ce qu’on a fait à la Chartreuse. Je me suis fait parler encore longtemps de notre présentation après votre départ par les employés de la Chartreuse, des habitants de Villeneuve qui étaient là, des résidents, etc.  Je vous copie un extrait de courriel reçu de Florient Jousse, l’un des acteurs des Lucioles (!) :


« Enfin, ce que je retiens de La Chartreuse, au-delà du site pittoresque et propice à la méditation, c’est la complicité entre les artistes qu’il y a eu tout de suite. Et vous étiez, avec votre groupe, le moteur de ce phénomène. J’ai été véritablement séduit par le jeu des acteurs, leur humanité, ton écriture, votre accent sur scène. Ça peut paraître étrange comme remarque. Je n’avais jamais vu de pièces interprétées par des Québécois. Alors l’accent en scène m’a permis de voir autre chose chez ces rôles forts de Shakespeare. Beaucoup d’humanité, de douceur même. Et à l’inverse, lorsque les personnages éclataient de rage, l’accent transportait une autorité évidente, un poids qui convenait idéalement à ces poids lourds du théâtre international. »


Bref, je crois qu’on peut commencer à enclencher la recherche de partenaires, que ce soit en diffusion ou en coproduction, en parallèle avec notre travail de création., tout en gardant la ligne que nous nous sommes fixée à la Chartreuse : seul le travail de création prime, nous ne formatons pas l’étape de création pour présenter un spectacle devant le public, nous les invitons à venir voir où nous sommes rendus.

Qu’en pensez-vous?

Salutations de Rome!


Olivier


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 16 octobre 2012


OK. On arrête de niaiser les boys. On vient d’être sélectionné pour faire le pitch à Cinars le 14 novembre au matin.

Ils ont choisi 5 projets seulement, dont Five Kings. Bonne nouvelle.

Fixez cela à vos agendas.


On avait pensé recréer la destitution de Richard façon Nixon, avec figurants en habit-cravates à ses côtés, deux drapeaux derrière, sous-titres style breaking news, et faux journalistes en avant-plan.

Ça tient toujours?


Il faudrait peut-être donner un peu plus de punch au discours. Tu crois Olivier que tu pourrais le rendre un peu plus substantiel pour l’exercice?


Pour ce qui est de la mise en scène, on pourrait le terminer par un assassinat « live » ou par un journaliste qui lui tire sa chaussure. Quelque chose de bref, mais de flamboyant. 


Je vous rappelle qu’on est là pour de potentiels diffuseurs et/ou partenaires financiers.

Martin la vidéo, Fred la mise en scène et Olivier le texte ? Je suis là pour superviser et bosser avec chacun. 


Nixon before his speech : http://www.youtube.com/watch?v=zLHc8NR_v-8


À tout de suite,


Patrice Dubois, artiste de demain


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 13 novembre 2012


Salut à tous,


Je suis tombé sur ce passage d’un article qui réfléchit à l’espace scénique. (Martin, j’ai évoqué l’idée d’un lieu non théâtral pour FK, juste comme ça, tout en étant conscient du lot de difficultés que ça peut amener.)

Ça met les mots sur ce que j’ai en tête, cette idée de préparer le spectateur à voir quelque chose de spécial, de hors-normes :

« Déconstruire l’espace scénique conventionnel ou déplacer la performance hors des lieux convenus est sensé provoquer le spectateur et le sortir de sa passivité. Par exemple, le simple fait d’avoir à se rendre dans un entrepôt de la rue Frontenac ou dans une ruelle de Griffintown pour assister à une représentation déclenche la réflexion avant même d’assister à la pièce. »
— Marie-France D. Bouchard, Un nouvel espace d’expérimentation.


OK, sinon on n’a pas beaucoup parlé du titre du spectacle. Je veux dire qu’on a mis ça de côté, vu qu’entre nous on parle toujours de Five Kings. Mais ça ne peut pas être le vrai titre. D’abord parce que c’est en anglais, ensuite parce qu’on ne monte pas le collage de Welles. 

Est-ce que c’est :

— Les Cinq Rois

— Cinq Rois

— ou tout autre? je pense à une phrase-clé de Shakespeare, un peu comme le fit Welles avec Chimes at Midnight

On peut y penser encore un peu, mais il ne faut pas trop tarder : dans nos communications, dans notre manière aussi de nous approprier le projet, il est important de commencer très bientôt à faire circuler le bon titre.


Olivier


P.-S. : trouvé sur le Net la recension d’une entrevue (!) qu’aurait donné Welles sur Five Kings en 1939 : http://www.thecrimson.com/article/1939/2/23/orson-welles-says-five-kings-is/


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 13 novembre 2012

 

En me préparant pour demain, je suis revenu sur cette idée des différents pouvoirs que pourraient porter nos rois et je suis pas loin de penser qu’il y a là des clés importantes.

Richard II, pouvoir financier : on l’a vu, ça marche. Siège, conseil, héritage, etc. 

Henri IV, gouvernemental : classes sociales, présidents, juges, hauts fonctionnaires, mafieux de tavernes (voir café italien) et Falstaff le bénéficiaire par excellence. On est chez les Bush avec le fils trainard et le père président. 

Henri V, pouvoir militaire : stratégie, langage militaire, discours, conquête de territoire, guerre des cultures française et anglaise. 

Henri VI, pouvoir de la littérature : traditions épiques, donquichottisme. La présence forte de la religion avec Jeanne D’Arc. Talbot guerrier romantique. On est dans la romance, l’improbable, le hollywoodien, le pouvoir du rêve, Star Wars. 

Richard III, pouvoir médiatique : jeux psychologiques divers. Le corps comme machine de guerre. La tête, le cœur, la bosse dans le dos. L’image, le culte de l’iconographie, la puissance de l’individu. La figure unique, le canal unique. Le média qui écrase la masse. 

 

Voilà. 

Ça vous dit?

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 20 novembre 2012


Salut les gars,

Je réfléchissais au personnage du Prince dans Henry IV et notamment à son monologue machiavélique (sur le soleil) qui annonce pas mal son retournement. C’est un monologue que j’aime, mais n’annonce-t-il pas trop la suite? Novarina, lui, l’avait supprimé. Je suis tombé sur ce passage :

 

« Du point de vue de Mathieu Genet, le Prince, chez Novarina, est surtout un personnage qui ne sait pas où il va, ni qui il est, mais qui se trouve rattrapé par l’Histoire et sommé de remplir sa fonction de Prince, alors que son attachement à Falstafe est sans doute sincère. Mathieu Genet explique d’ailleurs comment se traduit dans son jeu l’incertitude de son personnage : « Plus je le joue, moins j’ai la maîtrise de l’endroit où il bascule ».

Preuve est du flottement du personnage du Prince, qui ne serait qu’un enfant contraint de grandir, la suppression, chez Novarina, du monologue qui, dans la pièce de Shakespeare, révèle son machiavélisme – « Je me conduirai mal, mais par habileté » (I.2.187). 

À voir pour la suite!

 

Olivier


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 20 novembre 2012

 

Oh! Cette réplique du soleil est tellement essentielle à mon avis. Elle trouvera résonance dans Richard III d’ailleurs. 

 

Richard          Who saw the sun today ?

RAT.               Not I, my lord.

K. RICH.        Then he disdains to shine, for by the book

                        He should have brav’d the east an hour ago.

                        A black day will it be to somebody.

 

Et je crois que chaque personnage, comme on a pu dire hier, poursuit son chemin, avance, laboure la route et la parcoure. 

Le prince avance. Il pressent de façon très claire ce que seront les choses. 

Aussi, la réplique du soleil, alors qu’il erre dans les tavernes et paraît insouciant, montre bien comment il est lucide en vérité. 

 

Te reviens pour la suite de ma pensée sur tes courriels inspirants. 

 

Patrice


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 22 novembre 2012

 

Olivier,

 

On ne peut s’empêcher de regarder le monde

On ne peut s’empêcher de s’y situer

On n’a plus le droit d’écrire les strophes qui nous en exclut

Dans des litanies passives 

De parler du téléjournal devant lequel notre peine s’effondre

et dire ah, les voilà, voici les « autres »

Trop vu, trop entendu

Nous devons nous positionner

Parce que nous sommes positionnés

Inextricablement

Tout ce qui se dit autour de nos tables

Inspiré de Shakespeare

Et de ton écriture

On a le droit de l’affirmer

On a le droit

Pas moraux

Pas pédagogues

filtrés à travers le mécanisme shakespearien 

des impulsions

des fougues

des destins

des foulées pernicieuses qui font monter les marches deux par deux

Ce mécanisme est un outil formidable

Que l’on comprenne les tensions 

Les volontés

les entêtements

Que l’on admette qu’une humanité se dégage

Si croche soit-elle

... C’est l’essentiel

 

Les transpositions dans le milieu des affaires, dans l’espace intersidéral, dans le milieu de la pègre ou dans celui de la jeunesse hitlérienne nous intéressent peu, je crois. Pas dans le texte lui-même comme tu le faisais remarquer. 

 

La mise en scène évoquera bien des choses, en somme. 

 

Le mélange des genres et des cultures en dira bien d’autres aussi. Ces humanités croisées. Cette ONU interreliée, ce monde moderne. Tellement intéressant. Tellement. 

...

Je te rappelle que c’est ta langue, ta plume, ton souffle qui m’importe. 

Mon travail autour de la table est de provoquer, de diriger et de nourrir la discussion; vois-le comme une inspiration non comme un carcan qui viendrait te soumettre.  

 

À tout de suite,

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 23 novembre 2012

 

Je crois qu’on est sur une mauvaise piste pour l’atelier; ça ne m’inquiète pas, mais je préfère vous en parler tout de suite, parce qu’on a encore le temps de la corriger. Ça me permet aussi de vous exprimer ce dont j’ai besoin. Ça peut se résumer en un mot : j’ai besoin de théâtre.

 

Oui. Oui, MAIS

une seule règle doit nous guider : la vérité de la scène. Du théâtre. Je n’écris pas pour donner ma version du IIIe Reich ou de Duplessis. J’écris pour façonner des personnages influencés, nourris, par tout ce qui m’entoure. De mon père à Richard III en passant par Sarkozy et un acteur X ou Y. Au final, la question est : est-ce que cela fait du bon théâtre? Y croit-on? Est-ce que ça a sa cohérence interne?

Ça peut être « employés », « militaires », « ressources humaines » ou « unités », là n’est pas la vraie question. La vraie question est : l’enjeu est-il clair? Les personnages sont-ils assez pris dans l’étau? A-t-on besoin de cette scène? Etc.

 

J’ai donc besoin de théâtre. Ça, ça veut dire du jeu. Du jus. Ça veut dire se mettre les mots en bouche, et crissement en bouche. On ne peut pas se contenter d’une première lecture (très mauvaise, c’est normal, à première vue, avec cet univers, ma langue sans ponctuation, des acteurs non francophones puis discuter de la scène). Mais ça n’a pas de bon sens d’en rester là et de commencer à parler de la scène tout de suite après une aussi pauvre lecture : ça ne respecte ni Shakespeare ni moi. Je me souviens d’une fois dans un atelier précédent (le premier, je crois) où tu avais dit après je ne sais combien d’heures de discussion : « OK, mais avant de se plonger dans des discussions sur l’œuvre, on essaye-tu de la comprendre? » Puis on avait repris la scène du Five Kings de Welles 1, 2, 3, 4 fois pour la comprendre. C’est drôle : des 3 000 questions, il n’en restait plus que 2. À la fin, les acteurs étaient même bons. Plein de choses apparaissaient. Ça m’allumait, du théâtre surgissait. Ça me donnait envie d’écrire.

 

Avant-hier, on a lu la scène des « employés » une fois. C’était une lecture terrible, hachurée, incompréhensible. Je n’arrivais même pas à saisir les enjeux de la scène. On a pas même parlé des personnages : OK, Westmorland, c’est untel, dans Shakespeare, il est…, etc. 

C’est normal, tout le monde a le texte pour la première fois. Ils déchiffrent. Et puis après, au lieu de la reprendre, au lieu de comprendre ce qui était écrit (et que moi-même je ne comprends pas toujours, je veux dire, on fait un atelier pour ça : comprendre ce qu’on a comme matière), au lieu de ça, on a commencé à parler. De la question des références, de l’univers, du contemporain, etc. Ce n’est pas inintéressant en soi, mais je t’avoue que ça, je l’ai fait. On l’a fait en masse. Je n’ai pas besoin de ça, c’est trop vague, et puis si on utilise les acteurs comme dramaturge, ça ne marche plus. C’est OK que les acteurs donnent leurs impressions et leurs visions, mais moi ça fait plus de deux ans que je suis plongé dans l’œuvre, mettons que je suis ailleurs.

 

On va commencer une 3e séance et on a pas même fini de lire les 25 pages présentes. La lecture de la scène des « employés » a commencé à 4 h avant-hier, soit une heure avant la fin de l’atelier. Je crois que c’était OK de discuter pour mettre tout le monde à niveau (les nouveaux), mais là j’ai besoin qu’on plonge dans le texte et qu’on travaille avec ce qui est là, parce que ce qui est là, personne ne sait exactement ce que c’est, pas même moi. Peut-être qu’à force de se la mettre en bouche on va se rendre compte que la scène des employés, on s’en tabarnaque et on en a pas besoin. Et qu’on aura perdu du temps à discuter pendant mille ans du terme à employer.

 

Olivier


De : Claude Poissant (alors directeur général et codirecteur artistique du Théâtre PÀP)
À : Patrice Dubois

Date : 15 décembre 2012

 

Patrice,

 

Oké, je dis tout.

En quoi ces textes sont-ils des créations d’Olivier Kemeid et non une traduction/adaptation de Shakespeare? Pourquoi ce que j’ai entendu hier m’est apparu un peu ténu dans la prise de parole.

En fait, le point de vue artistique me semble en deçà de je ne sais quoi, comme si le quatuor était dans un consensus artistique pas toujours limpide. Quatre chefs, coproduction à trois compagnies de création aux rêves différents, souhait de diffusion immense d’un objet en travail, échéancier soudainement proche, distribution pas faite, périodes de répétition imprévues, — je me fais l’avocat du yable —, mais un peu de réalité, de tangible, serait sûrement un gros plus pour avancer à tous points de vue, mais surtout pour faire de ce” oh Henry » quelque chose d’incontournable et de fort artistiquement. C’est dans ce genre de projet que je crois que la parole prend toute sa grandeur dans la modestie réelle des moyens et la grâce de la pensée et du geste.

 

En fait, même si je suis très heureux que ce projet existe, hier, surpris de voir où on était rendu, je me suis dit qu’il va falloir que le projet soit pensé par des rêveurs éveillés qui savent ce qui est prioritaire du politique ou de l’humain dans leur vie, dans leurs vœux théâtraux et selon leurs inspirations shakespeariennes-wellesiennes afin que tous y trouvent leur compte, leur plaisir et que rien ne mine les terrains de jeux des trois compagnies.

Ceci dit, je pense qu’il y avait ça dans mon sous-texte hier. Et que la réunion artistique à venir répond déjà à bien des choses. Et que je n’ai vu qu’hier matin et hier soir. Je préfère trois coyotes libres à un éléphant attaché.

 

Pis faut que tu joues un rôle pivot. Sinon c’est comme pas utiliser nos forces.

 

Claude Poissant


De : Martin Labrecque
À : Tous

Date : 6 janvier 2013

 

Les copains z'artistes,

 

Je suis absolument d’accord aussi et en apportant ce point-là hier soir, loin de moi était l’idée d’évacuer complètement cet aspect. Je pense aussi que c’est très important de garder cette notion de langue diverse, d’échange international et de rencontre du Monde. C’est drôle je voulais vous écrire ce soir avec exactement les mêmes pensées. Merci, Olivier, d’avoir mis en mot (en beaucoup mieux) les réflexions que j’avais cette nuit à 3 h du matin alors que je donnais le biberon. Désolé si hier j’ai donné l’impression que je voulais évacuer cet aspect.

Je crois que tout en restant réaliste il y a moyen de s’arranger. L’aventure en vaut la peine.

Alors, on attaque ça comment? Est-ce que je contacte Jocelyn pour voir s’il est libre en premier lieu?

 

Bises

 

Martin


De : Olivier Kemeid
À: Tous

Date : 14 janvier 2013

 

Bonjour à tous,

Que diriez-vous, pour avancer le « schmilblick », de se programmer désormais une réunion le vendredi matin à toutes les deux semaines? Fixe, du genre 10 h à 12 h. Ceux qui ne peuvent être à Montréal (Fred, Julie-Marie) sont par Skype, ceux qui ne sont pas dispos lisent les comptes-rendus. Il y a tant de dossiers à faire avancer, tant d’éléments à discuter, tant sur les plans administratif qu’artistique, qu’une fréquence régulière nous permettrait un suivi plus sûr. Et puis, on ne peut partir à chaque fois à la pêche aux dispos, c’est trop long.

Cat ou Julie Marie pourraient alors mettre à jour une espèce de liste de choses à faire et à décider, sorte de procès-verbal de ces réunions. Chaque réunion commence avec le PV de l’ancienne : a-t-on fait ce qu’on avait dit qu’on ferait? (« Olivier, as-tu appelé un tel? Pat, as-tu...? ..., etc.). Cat a déjà pas mal de documents en ce sens. La dernière réunion (Cat et Julie Marie vous n’étiez pas là) on est parti d’un courriel de Julie-Marie avec des réponses en bleu de Pat.

Pour le lieu, ça peut être à Go, ça peut être chez moi. On ne prend que deux heures. Si c’est régulier, on n’a pas à se forcer à tout boucler en deux heures. S’il y a urgence, on voit si on la prolonge d’une heure. Et puis on essaie d’avoir le plus de monde (disons un quota de 3 sur 6), mais on n’annule pas si on n’a pas tout le monde. Le but est d’avancer, coûte que coûte. Ceux qui ne sont pas là prennent connaissance de l’avancée des travaux via les PV. S’ils veulent se manifester, ils usent du courriel.

À l’ordre du jour, ce que vous voulez. Pour ma part, pour les prochaines réunions :

— suivi des choix d’acteurs pour l’atelier juin

— la question des internationaux, les aides financières en ce sens

— l’esthétique. Ce dernier point me semble important : Fred et Martin ont déjà eu des discussions là-dessus. Même si c’est sommaire, il serait bon qu’on vous entende plus sur ce point, que Martin continue à nous détailler ce qu’il entrevoit comme travail

Dites-moi ce que vous en pensez et longue vie aux Cinq Rois!

 

Olivier

P.-S. Ces rois ne peuvent se retrouver coincés entre huit projets et demi. Ce sont de grands ogres qui ont besoin de manger du temps et des énergies; nous devons les nourrir.

J’illustre mon propos par une célèbre peinture de Goya, pour les analphabètes, nombreux dans ce projet, en commençant par moi :

Saturne = les cinq Rois (ou Shakespeare)


De : Martin Labrecque
À : Tous

Date : 2 mars 2013

 

Bon samedi à vous!

Excusez-moi, je suis un peu en retard (grosse semaine), mais j’ai une réflexion à propos des répétitions à Longueuil et j’aimerais vous en faire part.

J’en ai déjà parlé avec Patrice, mais le procédé de répétition style Avignon, c’est-à-dire matin et soir avec un arrêt l’après-midi, me semble étrange à Longueuil. Nous allons faire quoi l’après-midi, puisque Olivier n’écrira pas de nouvelles scènes à lire le soir? Nous allons « chiller » dans les parcs de Longueuil? Visiter la Place Longueuil à la recherche de manuscrits shakespeariens? Aller au Paladium? 

Sans blague, je trouve que ça hypothèque nos journées. N’est-ce pas possible de regrouper les répétitions en deux blocs collés? 

Vous en pensez quoi?

 

Martin


De : Frédéric Dubois
À : Tous

Date : 5 avril 2013

 

J’ai rêvé que nous faisions un premier enchaînement et que ça durait 24 heures.

C’est mon vœu intérieur sans doute.

Bonne journée

 

Frédéric


De : Patrice Dubois
À : Marie X

Date : 1er mai 2013

 

Bonjour Marie,

L’auteur Olivier Kemeid s’attaque véritablement à retourner aux racines de l’écriture shakespearienne. Son texte est en français. Certains personnages parlent allemand ou anglais, mais il s’agit vraiment d’une vision nord-américaine des pièces historiques. Plus précisément, du point de vue de francophones vivant en terre d’Amérique. Il s’agit pour nous de regarder le monde et les grands enjeux liés aux différents pouvoirs qui nous régissent à travers le prisme de notre culture québécoise. Et, pour nous, cette culture québécoise elle est polymorphe. Elle s’inscrit dans la marche du monde actuel. Elle « parle » plusieurs langues et entre en contact avec d’autres cultures.

Elle est aussi, cette culture, intimement tressée de celle britannique, par le système monarchique dont il est d’ailleurs largement question chez Shakespeare autant que par ses structures juridique et parlementaire, qui sont héritées de ce modèle. 

Nous aimerions, pendant cette mission chez vous, rencontrer quelques directeurs de théâtre et de festival, piquer leur curiosité et les inciter effectivement à assister à l’étape de travail en mai-juin.

J’attends donc de vos nouvelles concernant la liste que nous avons établie. Aussi, il faudra imaginer un calendrier de travail préparatoire. N’hésitez pas à m’aiguiller sur les différentes manières de faire. Par exemple, je me demande si on doit-on établir des contacts maintenant ou s’il vaut mieux attendre au mois d’août? Ce genre de chose.

Je vous remercie encore une fois du support. 

À bientôt,

 

Patrice Dubois


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 2 juin 2013

 

Falstaff, c’est Shakespeare lui-même, un théâtre ambulant, l’Acteur qui nous symbolise tous, les artistes : une volonté de tout embrasser (la beauté de la langue comme les plaisirs de la vie), l’incontournable besoin de côtoyer les puissants (du prince au CALQ en passant par tous les mécènes), la lâcheté et l’impuissance (nous faisons des grimaces sur une scène de bois pour égayer le bourgeois), une tentative néanmoins de changer le cours des choses (l’éducation au prince, la prise de conscience que nous provoquons parfois avec nos œuvres).

Si notre public n’arrive pas à avoir de l’empathie pour Falstaff, nous raterons notre coup. Il faut que le public soit conquis malgré les débordements du personnage. Son impuissance, sa drôlerie, sa magnificence dans le verbe sont nos atouts.

Il faut que nous mettions en Falstaff ce que nous sommes nous, et quand je dis « nous », je vais jusqu’à pointer les 4 créateurs : nous sommes 4 artistes qui tentons tant bien que mal de dire des choses, de créer de la beauté, de jouer avec les formes, mais en même temps nous sommes pris pour le faire à côtoyer les puissants pas toujours propres. Dans nos moments sombres, nous trouvons que nous ne faisons rien (nous pissons dans une cruche, nous faisons des vents), dans nos moments glorieux nous sommes convaincus que nous avons un impact (nous inspirons les princes).

Nous savons au fond de nous-mêmes qu’au mieux, il restera nos tirades, nos saillies, notre langue déployée, c’est-à-dire nos œuvres. Le reste n’a pas d’importance et il y a de bonnes chances que nous finissions honnis, reniés par nos anciens protecteurs.

Je crois que cette veine, cette dialectique de l’Artiste libre aux prises avec le monde politique et économique offre des échos saisissants à notre époque. Au-delà de la question du père si présente dans l’œuvre, il nous faut travailler autour de ce thème de l’art et du pouvoir, en particulier dans Henry IV. Dans Richard II, c’est Richard qui est porteur de la poésie. Sa déchéance et sa faiblesse le font devenir artiste : il devient manieur de formes, il parle de plus en plus bellement, il plonge en lui comme jamais. D’une langue autoritaire, âpre, froide, on passe à une langue fleurie, émouvante. Dans Henry IV, c’est Falstaff qui est porteur de la poésie.

Chez nous, Brassard a été un Falstaff, Ronfard aussi. Pas très puissants, pauvres même par moments, pas outre-décorés et déifiés, pas toujours propres, pas toujours glorieux. 

Mais créateurs de formes, se frottant à des puissants, se faisant avoir parfois.

Quand Brassard a été traîné dans l’indignité à la suite de la publication de la bio de Guillaume Corbeil et de la référence à ses amours garçonnes (« tant que ça a du poil »), l’establishment québécois lui a crié un : « I know thee not, old man ».

Il n’était plus « tenable ». Ce n’était plus un personnage recommandable. 

En reniant Brassard, en reniant Falstaff, Hal/nos dirigeants réfutent toute forme d’élévation spirituelle, de jeu avec les formes, d’autodérision, d’art : c’est la realpolitik qui se met en marche, le cours de la bourse qui remplace le souffle des métaphores, la soi-disant parfaite adéquation avec le réel qui règne. Les mots et les choses ne seront plus séparés dans le monde de Hal et de nos dirigeants actuels : une table est une table et les vaches seront bien gardées. 

Le but de Falstaff, de l’artiste, de l’écrivain — de la littérature dans son ensemble — est de briser le lien qu’on nous dit évident entre les mots et les choses. De rappeler que la nature nous échappe et que la tentative de la cerner par les mots est une tentative impossible, vouée à l’échec, mais dont le parcours est magnifique. Qu’on ne peut réduire la nature humaine à une « ressource », un chiffre.

André Breton ne le disait pas autrement dans son Manifeste du surréalisme 

Cet été les roses sont bleues; le bois c'est du verre. La terre drapée dans sa verdure me fait aussi peu d'effet qu'un revenant. C'est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. L'existence est ailleurs. 

 

Olivier


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 6 juin 2013

 

Bon, je viens d’écrire pendant deux heures un courriel que j’ai perdu par manipulation de merde. 

J’essaie de recommencer avec autant d’intelligence.

Après avoir parlé avec Fred et Oli tour à tour, voici quelques réflexions.

...

Falstaff, c’est Shakespeare qui parle de son époque. À travers lui, il se rit des pouvoirs, il dit ce qu’il pense.

Nous nous devons de nous servir de lui pour dire nous aussi ce que l’on pense. Si nous sommes « fins » sur les équivalences reliées au pouvoir (le siège pour parler du trône, le nord-est pour parler de l’Irlande, etc.) nous devons être sans équivoque quand on est dans le monde de la taverne. Falstaff se prononce. Il peut être notre porte-voix. Et servir nos envies de dire ce qu’on veut dire.

Falstaff est en dehors du temps. Il ne se reconnaît pas dans ce temps-ci. Il s’est arrêté quelque part où il n’y a ni nuit ni jour. C’est un artiste qui se donne en spectacle devant un bien petit nombre de spectateurs. Sa scène n’est pas grande. Sa portée sur la marche du monde est réduite à une sphère locale. C’est un artiste local. Son rayonnement est limité. Mais sa présence n’est pas moins essentielle. 

Falstaff vit à Eastcheap. « L’Est pas cher ». Hochelaga pourrions-nous penser. Qui est une déformation du mot amérindien « oshelaga » qui signifierait « l’endroit où l’on surprend quelqu’un dans une embuscade ». C’est fou, non!
 

Falstaff vit dans un passé, abdique le temps présent. Son seul legs envers l’avenir c’est Hal.

Il n’est pas acculturé. Ni apolitique. Simplement, il répond à ses propres codes. 

C’est la bohème.
 

Je propose, pour aller dans le sens de Fred, que l’on regroupe les scènes de la taverne en un seul acte. 

Richard II se termine, Bolingbroke prend le pouvoir et on entre dans ce monde parallèle, hors du temps, encodé. 

On entre dans l’est pas cher. Ici, on chie, on déraille, on joue l’inutile. 
 

J’imagine qu’on fait entrer sur scène un Charger 72 (voir photo) avec une fille en bikini sur le capot (Lola Troussedrap), la radio du samedi dans le tapis, le gros Falstaff dans son La-Z-Boy à côté. J’imagine la serveuse en patins à roulettes, Hal caché dans le coffre, Ned qui lave le char à la hose. On est ici dans une négation de l’époque. Hipsters à fond. On pourrait faire cet acte dans le stationnement du Théâtre de la Ville, le 22.

On refuse de voir, on ironise, on joue. Qu’est-ce que le vol? Une abstraction, un jeu. Qu’est-ce que l’embuscade? Une impression de faire partie du monde réel.

En même temps, on divertit le spectateur. Il y a des couleurs, des références aux années passées, une zone de confort en quelque sorte. Il y a ce pouvoir fantastique qu’ont les artistes de colorer le monde autrement (et tous ces clichés sordides et vrais), Falstaff en tête. Il y a quelque chose de pur là-dedans. Et d’essentiel. 

En même temps, on s’occupe de la « langue » plutôt que du « propos » qu’elle sous-tend. On fait diversion.

Jusqu’à ce que Westmoreland entre avec des nouvelles de la vraie vie et qu’il rappelle Hal à son père. Dès lors, on retourne aux codes de Richard II. L’ambiance n’a pas tellement changé. Le « bureau ovale » de Henri IV est semblable à celui de Richard. Une autre nappe peut-être, un whisky irlandais au lieu d’un scotch à la limite. On retourne dans les tractations financières et guerrières.

L’implication de Falstaff par la suite doit demeurer un geste hors du temps par lequel nous disons, nous, quelque chose sur les pouvoirs en place. L’eau potable qu’on donne aux corporations, les forages sur Anticosti, le suicide des jeunes, l’Afrique aux Chinois ou encore la place réduite ou nulle que nous avons face aux grands enjeux. Le vide que l’on ressent comme citoyens ordinaires. Falstaff se part-il un club de modèle à coller d’avions de chasse? S’ouvre-t-il un surplus d’armée, un quartier des spectacles dans Hochelague? Recrute-t-il des employés pour s’occuper du zipper à Beauce Carnaval? 

En parlant avec Oli, j’ai même dit que Falstaff pourrait être joué par Julien Poulin en Elvis Gratton. Et je suis à deux pas d’être sérieux.

Voili, voilà.

Mon premier courriel était plus dense, mieux écrit et tout. Mais je l’ai perdu calibouère. L’idée est là quand même. 

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 6 juin 2013

 

AH QUE CELA ME PARLE!!!

Douce musique à mes oreilles.

L’idée du char, formidable. Qu’on la garde ou non, ça me donne de la drive pour l’écriture. Ça « tue » la vieille taverne moyenâgeuse avec les bocks en crâne de Viking et les serveuses en tablier et couettes nattées issues de l’Auberge du Dragon Rouge ou autres Fêtes de la Neuve-France.

Pour Elvis Gratton, cependant, je suis moins sûr. Je crois que Falardeau en faisait le porte-étendard de notre américanisation, notre colonisation, notre quétaineté et notre acculturation. Il voulait plus faire pleurer que rire, surtout dans le premier Elvis Gratton.

Or Falstaff est cultivé, le plus cultivé de tous les personnages de Shakespeare. Non pas pétri d’une culture académique, mais d’une inventivité langagière hors-norme. Il n’est pas acculturé — comme tu l’as dit d’ailleurs.

Il n’est pas non plus en pâmoison devant une culture impérialiste (Gratton va jusqu’à se donner le prénom d’une star d’une autre culture). 

Je vais dire quelque chose qui a tous les airs d’une lapalissade, mais qui a néanmoins une certaine importance : Falstaff, c’est surtout Falstaff. Autant on peut aller trouver des équivalents à Richard II (Nixon, Sarkozy et Alexandre Duplessis de Laval), Hal (PKP et consort), et tous les autres (de Lola à Swallow — ce dernier étant Lucien Francoeur et je suis sérieux, ils partagent la même calvitie), autant Falstaff est unique. Il revient d’ailleurs dans d’autres pièces, inchangé (Joyeuses Commères).

Je vais le planter dans le décor de Hochelague ou, en tout cas, d’un east cheap. Il aura comme compagne Lola Lèche Labatt, Joe le Pouilleux et les autres. Mais il restera toujours Falstaff. Je crois qu’il y a là quelque chose de beau d’un personnage qui traverse les âges en bouffon éternel.

Quant à l’armée qu’il doit mettre sur pied, c’est évidemment une compagnie. On usait de ce mot d’ailleurs dans l’armée. Je le garderai pour signifier davantage le sens économique. Falstaff voudrait fumer des bats avec Lola Lèche Labatt sur le capot d’un Charger 72, mais il se fait dire de partir sa compagnie, ou son équipe, de faire sa start-up comme tout le monde, de jouer sur le champ de bataille de la Bourse, de participer à la Grande Marche des actions, de mettre sur pied sa soirée-bénéfice. Aidé par Lucien Francoeur et d’autres anciens hippies de marde, chantant le Temps des Fleurs et pourquoi pas un peu de Led Zep et de Pink Floyd, se remémorant le temps béni où l’on pouvait caresser de petites chattes prépubères : « Ah mon dieu, les années 70, nous entendions les Chimes at Midnight ». ET ON MET LÀ-DEDANS TOUTE NOTRE CHARGE CONTRE LA CÂLICE DE NOSTALGIE DES BABYS-BOOMERS QUI ÉTOUFFE LE QUÉBEC : il recrute des pouilleux comme informaticiens, experts en communication, stratégie de marketing, spin-doctors, et tutti quanti. Ce sont eux les soldats modernes. Quand ils sont cheaps et vérolés, tu perds ta bataille, quand ils sont forts et rutilants comme des chevaux fous d’Ubisoft, tu gagnes.

 

La guerre, c’est une guerre ÉCONOMIQUE. Nos champs de bataille, ce sont les fusions, les fermetures, les déménagements d’entreprise, les effondrements des usines de textile au Bangladesh. Azincourt, c’est Silicon Valley.

 

Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 10 juin 2013

 

Salut à tous,
 

Voici une version à jour de Richard — j’ai pointé les changements en surlignage jaune, ils ne sont pas si nombreux. Ne l’imprimez pas. Je voulais juste vous envoyer cette version à vous afin que vous puissiez suivre l’évolution du travail dramaturgique.

J’en suis à peaufiner, bien sûr, surtout à cibler encore plus le propos à la suite de nos échanges, de mon choc d’Un ennemi du peuple, etc.

J’ai relu avec plaisir ce Richard : on était sur la très bonne piste, le ton résolument moderne était là. Je n’ai eu que quelques changements à apporter afin de fortifier les liens avec le temps présent. Ça tough la route encore.

Exemples de changements :
Le rajout du mot « manifestation » avant celui de révolte.
Ôter parfois la mention du « pays » : la nation n’est plus un enjeu au sein des multinationales, le territoire à conquérir, c’est le monde entier.
Ne pas trop tomber dans le vocabulaire militaire : plutôt que « Bolingbroke est à nos portes », c’est « il s’est refait ». Ça implique bien qu’il s’en vient aux portes, mais ça souligne l’importance économique.

Je me suis permis d’ajouter un élément à Exton, en fin de pièce. Le poison ou le meurtre directement dans la tour de Londres, c’est loin de nous. Mais le calomniage qui pousse au suicide, les accusations de fraude (cf Madoff et cie), ça nous parle. Ce n’est pas si loin, en fait, c’est exactement la même chose que du temps de Shakespeare : si tu perds ta légitimité, tu es cuit.

Vous me direz si c’est trop, sinon on ôtera.

Enfin le prologue : j’ai coupé les anciennes versions de muse de feu, drapeau de l’imagination, têtes couronnées, etc. Déjà on n’était pas sûr, et là, avec le recul, c’est carrément hors sujet. Ça ne marche plus, on n’a plus besoin d’évoquer les esprits de Welles, Shakespeare, faire les liens avec les 660 ans passés, etc. Ça sent trop le sceptre et la vieille fourrure, on voit poindre le collant et l’épée. Il faut qu’on plonge directement dans notre monde.

Le prologue que je vous propose reprend les premières répliques de Richard.

J’imagine le président du CA de Bell qui, comme chaque jour, s’en va dans la tour de Bell au centre-ville. Devant la porte d’entrée de la tour, un quêteux. 

Tout simplement.
 

Je crois que ces derniers temps, je suis en train de mettre des mots plus clairement sur ce que nous tentons de faire avec Five Kings.

Shakespeare, dans son cycle des rois, décrit un monde en mutation : un monde qui passe du caractère sacré de la monarchie à un ordre chancelant, immoral, sanglant.

Nous décrivons nous aussi un monde en pleine mutation : un monde qui passe du caractère sacré de la démocratie à un « féodalisme du management ». Certains philosophes, comme Jacques Rancière, n’hésitent pas à qualifier notre ère « d’âge de la haine de la démocratie ».

Aux pouvoirs des parlements se sont substitués les pouvoirs des conseils d’administration, aux pouvoirs des présidents élus se sont substitués les pouvoirs des CEO nommés.

On peut même dire que ceux-ci se conjuguent : la voie royale pour diriger un pays passe par les affaires, non plus par le droit, la science politique, la philosophie, les sciences sociales. Berlusconi en Italie, Bloomberg à New York, et bientôt Péladeau chez nous, les nouveaux dirigeants dirigent leurs parlements comme ils dirigeaient leurs compagnies. On m’a d’ailleurs confirmé, de source péquiste, que le départ de Péladeau de Québécor et sa nomination à Hydro sont des paliers avant de demander la direction du PQ, après le départ imminent de Marois — c’est le poste de premier ministre qu’il convoite, le seul à être équivalent (je ne dis pas plus haut) à celui de PDG de Québécor. Péladeau passerait ainsi de Québécor à Québec inc. Tout simplement. Beaucoup de souverainistes s’en réjouiront.
 

Nous parlons donc de Nouveaux Rois (titre possible?). 

Ceux qui, en dehors de toute légitimité morale, nous dirigent.

Il est intéressant de constater que cette « nouveauté » reprend de vieux systèmes moyenâgeux : hérédité, affairisme, conspirations, immoralisme, etc. Voilà pourquoi de nombreux sociologues parlent de « féodalisme du management ». Ils parlent de rois, de cours, de privilèges, de barons actionnaires, etc.

Je vous laisse avec cette citation.
 

À demain si j’accouche pas...

 

Olivier

 

Il fut un temps où des seigneurs possédaient des terres et utilisaient des paysans. Il en fut un autre où des CEO possédaient des entreprises et utilisaient des ouvriers.

— Johann Roduit, Le Temps, 28 oct. 2011


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 11 juin 2013

 

Salut les gars,
 

Vraiment super la première rencontre aujourd’hui : on n’a pas perdu de temps, on a plongé direct là-dedans, c’est formidable.

C’est bien inspirant.

Question : est-ce que je garde le communiqué d’Exton (p. 48), où on revient à simplement « Tu es délivré/J’ai enterré à ta peur »?

Il peut l’avoir assassiné, that's it, sans qu’on ait besoin du communiqué.

Dites-moi

 

Olivier

 

P.-S. 2 réflexions

1) J’aimais, en théorie, l’idée que les acteurs qui font un roi ne jouent pas d’autre chose, mais d’un, ça va nous priver de bons acteurs et de deux, leur rôle de roi sont si forts qu’il n’y a aucune chance qu’on les mêle. Par exemple, quand Max revient en Ned, il n’y a aucune chance qu’on le confonde avec Richard. Par contre, c’est plus difficile pour les rôles de conseillers : on peut se mêler entre le Aumerle d’un tel et son Worcester (pas à cause de l’acteur, mais la similitude des rôles). J’ai même pensé à fusionner Aumerle et Worcester, mais ça ôterait de la noblesse d’âme à Aumerle qui reste fidèle à Richard. Dans un monde froid et cynique, on a besoin de ce genre de lien sincère.

 

2) Pour la présentation du 22, notre distribution est super. Pour la suite, il va falloir sérieusement penser à notre conflit de générations important : Percy et Harry doivent être deux jeunes, Richard et Bolingbroke doivent avoir l’âge de leur père. Surtout Bolingbroke. Ça se traficote peut-être, mais il faut le prendre en compte.  Je vous dis ça parce que les corps et les voix des acteurs me nourrissent pas mal. Aujourd’hui, c’était la première fois que j’avais une actrice qui peut jouer la vieille Gand qui faisait Gand. C’est hot et ça inspire. Idem pour Falstaff, ça nourrit l’écriture.

 

Votre avis là-dessus?


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 18 juin 2013

 

Des réflexions sur le travail. 

Richard n’est pas une pièce touchante. On n’est pas ému quand tombe l’homme. Sa prose, ses derniers élans de lyrisme, son pathétisme peuvent nous rejoindre, nous interpeller, mais pas nous renverser. Shakespeare montrait combien les rois étaient des hommes, combien la nature ne leur échappait pas. Ce qui apportait, j’imagine, un regard différent du peuple sur ses leaders et son histoire. Il y avait sûrement une notion d’apprentissage, de legs, d’historicité qu’emportait par-dessus tout une humanité révélée. 
 

Nous, nous choisissons le milieu de la finance pour camper notre action. Quoi de moins sexy? Et de moins humain? Ces personnages, on les juge d’avance. On pense d’avance que ce sont des crapules. 

Faudra être conscient de cette chose. C’est un détail assez important. Je crois qu’il faut les magnifier ou les haïr et que notre position doit être claire à l’égard du monde que l’on dépeint. Sans être unilatéral, je crois qu’il faut se demander de quel bord on se situe, nous comme artistes. Et ainsi faire un portrait qui ne sera pas une nature morte, mais qui, sans faire verser de larmes, suscitera l’exaltation, le désir de bouger, l’indignation, etc. 
 

Dans le prologue que tu as écrit Olivier (et que nous ne sommes pas encore arrivés à monter), Richard dit au mendiant qu’il est un homme comme les autres et il cherche ce qui le différencierait bien de l’homme de la rue, lui qui est « le roi ». Ce n’est pas fou comme intuition. Mais... on n’a pas encore tout à fait frappé dans la bonne pinata, à mon avis. 

Chez Shakespeare, le chorus sert à dire bienvenu, il sert à dire : « voici l’histoire des rois tel que revisitée par le théâtre, vous verrez comme ils sont humains, eux aussi. » Il y a un procédé purement élisabéthain qui correspondait, j’imagine, à un certain rituel. Chez Welles, même chose. Son chorus est même parfois du Holinshed. Comme pour dire : « voici, c’est vrai, c’est fondé, c’est arrivé et ça continue. »
 

Pour nous, qu’est-ce que ce doit être? Ça marche assez bien le prologue que fait Falstaff au micro, en réponse à la déposition de Richard. Mais le tout premier prologue, lui qu’en est-il? 

Doit-on user de ce moyen? Et si oui, doit-on nous parler à travers ce moyen? 

Doit-on dédicacer la pièce aux plus grands hommes d’affaires de notre temps : Paul Desmarais, Warren Buffet, Francis Bouyges, Liliane Bétancourt, Bernard Tapie, Donald Trump, Simon Murray, Nicolas Hayek, Paul Allen, Bernard Arnault, Adnan Khashoggi et dire ce qu’on pense de notre monde, genre qu’il « appartient à une cohorte de 300 personnes qui régissent les terres, le sous-sol, l’eau potable et navigable. Que cette cohorte s’écrasera peut-être un jour et avec elle, les systèmes politiques qui les ont élevés ».

Sans rendre la chose unidimensionnelle, faut pouvoir dire ce qu’on vise. 

D’ailleurs, on a eu cette conversation en fin de semaine où on se disait que nous, les fameux artistes, on était enrégimentés aux manières de la finance. Avec nos subventions, nos demandes, notre clientèle, nos bénéfices, nos gouvernances, nos états financiers, notre direction, nos déficits, nos brigades volantes, nos conseils des arts, nos réunions de production et autres assemblées générales. Où sont nos bohèmes, nos manifestes, nos coups de gueule, notre air putride, notre prise de parole, nos crachats et nos tentations?

Est-ce que nous ne sommes pas bien au service de ce système que dénonce Five Kings? Si oui, peut-on le faire ressortir, se l’avouer et ne pas s’exclure des vilains que nous mettons en scène?

Est-ce que nous ne servons pas à divertir dans un système qui cherche la constante diversion?
 

Je vous laisse avec cette citation de Patrick Le Lay, grand patron de TF1. 

Ça fesse en esti!

Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective « business », soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...).
Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...).
Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise.

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Patrice Dubois

Date : 27 juin 2013

 

Salut mon ami,
 

C’était bien de se parler comme ça à cœur ouvert hier.

C’est normal de frapper un plateau, même de reculer dans le processus. Ça veut peut-être dire qu’on est proche de toucher quelque chose.

Pour revenir avec la question de la « clé », ou de la forme dramatique, je crois que cela aurait à voir avec notre adresse au spectateur. Mais je ne sais pas encore comment traiter cette adresse.

Depuis le début du projet, il y a des tentatives (un peu maladroites) de s’adresser au public : tantôt par un prologue sur la mort des rois, tantôt par Richard qui tend la main au public, tantôt par Falstaff qui leur parle directement.

Je ne l’ai pas encore, mais je continue à croire que cette adresse et ce bris du 4e mur restent pertinents, d’autant plus dans un projet qui ne doit pas surplomber, qui doit franchir les barrières d’un monde qui n’est pas naturellement le nôtre.

Shakespeare montrait un roi qui était, par son poste, très loin des spectateurs de son époque, mais en restait proche par ses sentiments. Je me dois de faire la même chose : Pierre-Karl mon frère.

 

Olivier 


De : Frédéric Dubois
À : Tous

Date : 27 juin 2013


Je me suis rendu compte que je regardais encore tout cela d’un seul point de vue et une chose m’est apparue dans cette étape.
Ce n’est plus possible.
Parce que nous rencontrerons des obstacles majeurs si on se positionne de la sorte.

Quand on présente Richard II et que c’est tout, ça se tient, mais mis à côté de Henri IV, ça ne se tient plus de la même manière.

Ça ne dit plus la même chose. Il y a eu cette intuition en route de reprendre le même canevas et répéter les gestes comme une grande fatalité qui s’écrit à travers les hommes et qui ne les changent pas. C’est intéressant sur papier, mais comment rendre ça vivant sur scène pour quelqu’un qui verra les 5 en ligne?

J’ai eu peur en voyant le début d’Henri IV de voir se répéter la même chose et que la frontière soit trop mince. Ce n’est pas la faute de personne, c’est l’exercice de les aligner qui fait ça. Le défi est là pour moi de mon point de vue de metteur en scène.  

Et c’est pour ça que je ne pense plus que nous pouvons parler d’un roi à la fois. Il faut parler d’un roi en voyant venir les autres, que le chemin, même s’il est encore dans le noir, existe.

Ce que l’on trouve là ne pourra pas durer. Où ce sera redondant et je ne pense pas que nous voulons être redondants. Est-ce que c’est pour ça que Welles a arrêté à trois? Est-ce que c’est pour ça que Richard est joué en deux lignes dans Five Kings? Je ne sais pas, mais j’ai cette question qui m’habite maintenant.  

Et il faut tout envisager. En brisant la linéarité peut-être, en ne racontant pas tout systématiquement, en n’oubliant pas en tout cas qu’il y en aura 5. Je sais bien Olivier que tu vis probablement avec ça depuis longtemps, mais je n’en avais, moi, pas encore pris complètement conscience.

Est-ce que nous devons refaire les 5 si systématiquement?

Chronologiquement, la pièce se terminera sur un carnage, celui de Richard III. Est-ce que tout ce que nous mettons en place est fait pour mettre la table à ça, ce carnage, et dire : nous allons là mesdames et messieurs?  

À la fin, il n’y a plus de négociations, il y a des meurtres. Marguerite dans Henri VI est la première à poignarder l’ennemi,  sans plus de discours, et Richard est le résultat de cela.  

Est-ce que nous raconterons l’histoire d’une grande dégradation vers le carnage? Vers le sang clairement versé et senti?

Je ne sais pas, mais je sais que nous devons nous poser deux questions :
Que voulons-nous dire à la fin?
Et comment?

Ça a l’air niaiseux dit de même, mais je me sens devant plus de vide encore que jamais.  Un beau vide vertigineux et que je sais rempli de réponse et de découvertes malades mentales. Mais là, je pense que nous ne pouvons plus faire du cas par cas et nous devons penser à l’ensemble.  

De votre tout dévoué et peut-être très en retard sur la réflexion.


Fred


De : Frédéric Dubois
À : Tous

Date : 17 septembre 2013

 

Bonjour à tous. 

Je suis désolé de ma crisette d’hier concernant les dates. Je n’en pense pas moins cependant. Pour moi, repousser à 2016 c’est l’abdication. Je suis impatient peut-être, mais je suis surtout vraiment surpris qu’on imagine ça. 

On en revient toujours à la même affaire, et c’est que c’est l’argent qui mène. Je veux bien, mais on tourne en rond. 
On le fera jamais le projet parce qu’y en aura jamais assez d’argent. Ce qu’il faut c’est le faire, contre tout. 

Je ne suis pas fâché, mais si on veut changer les choses, il faut les imaginer autrement vraiment. 

Nous vaincrons. 

 

Fred


De : Martin Labrecque
À : Tous

Date : 17 septembre 2013

 

J’aurais juste aimé que « changer les choses » ce soit de bien payer les acteurs et les concepteurs pour une fois.

Mais semble-t-il que nous allons revenir à faire un spectacle de 5 heures avec des gens qui vont nous donner gentiment de leur temps et leur talent, mais que nous allons payer encore comme un autogéré d’il y a 20 ans. Pour moi, ce n’est pas ça faire les choses différemment. Mais si c’est ça qui doit être ça...

Mais je ne suis pas fâché.  :-)

Nous allons le faire.

 

Martin


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 17 septembre 2013

 

Salut à tous,

Je comprends ta peur Martin de répéter ce que nous savons faire et faisons déjà. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas lâcher l’idée des acteurs internationaux : ce n’est pas une question de briller ou de faire l’original, c’est une question essentielle, inhérente à notre projet. Ajoutons à cela qu’une tri-production entre nos trois entités ne se fait pas tous les jours, en plus de Shakespeare et de notre art, dont la singularité est notre plus bel étendard. Déjà, tout ce que nous avons fait est en hors-pistes : les résidences, la Chartreuse, le temps de maturation (plus de 3 ans), les partenaires engagés.

OK les amis, on se voit quand?

 

Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : inconnue

 

À mon tour de faire une montée de lait (avec amour) : vous ne pouvez pas me dire « crisse ça marche pas, c’est loin de nous » après 20 heures de répétition. On peut ne pas avoir trouvé la voie (et la voix) précise, tant au niveau de l’écriture que du jeu ou de la mise en scène, mais rien ne nous est étranger qui est humain. Vous pouvez jouer n’importe quoi et n’importe qui sur terre, ou alors c’est que vous ne croyez plus au pouvoir du théâtre. Aumerle, Richard, York et les autres ont été joués superbement à la Chartreuse. On y croyait, on a trouvé leur humanité. Pensez aux personnages de Shakespeare, aux ducs et comtes et princes, on a quand même fait du chemin en termes d’appropriation! On les a rapprochés, pas éloignés. Après, il faut mettre le temps et la rigueur que ça demande, et ne pas se poser le cul sur le fait de porter une cravate. Il y a un travail d’incarnation de la langue qui a été fait à la Chartreuse et n’a pas été fait par manque de temps à Longueuil (j’en prends une bonne part de responsabilité parce que le texte a été remis très tardivement), une essence aussi qui n’a pas été mise de l’avant. Brouillés par le ballet perpétuel des chaises, coincés par une langue qu’ils ne maîtrisaient pas encore, et qui est ardue, les comédiens n’ont pu que livrer une première couche très approximative du texte. Les enjeux nous échappaient, alors qu’ils étaient brillamment mis en lumière à la Chartreuse. LES ENJEUX : au-delà de la langue, de l’environnement scénique, voilà une clé que nous ne devons jamais perdre de vue!

 

Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 28 septembre 2013


Chers amis,

Belle conversation hier. Il faut qu’on se garde ce territoire de liberté de parole. Fred, je comprends que c’est difficile pour toi de recevoir des réactions rapides sur tes idées (comme celle du gymnase). Mais tel est le type de processus auquel nous devons nous frotter sur Five Kings : une création à plusieurs têtes. Je rappelle que je me frotte à vos réactions, commentaires, rejets et adhésions sur mon texte depuis plus de deux ans. Ce n’est pas toujours facile et il y a des moments où je vous dis « Laissez-moi tranquille », mais je finis par revenir et vous propose une autre version nourrie par vos réflexions. Tu aurais donc tout à fait le droit de nous dire « Laissez-moi tranquille, je vais creuser ça », mais à condition de le pousser et de nous revenir avec le développement de l’idée.

Je comprends également le défi de penser à une mise en scène sur un texte pas terminé. Cela dit c’est autant un défi pour moi d’écrire avec des propositions fusant de toutes parts, des distributions qui seront fixées, et qui sait, bientôt une proposition scénique décidée. Je dis « défi », pas obstacle : c’est ardu, mais nourrissant. Le théâtre doit se nourrir des contraintes. Nous avançons tous en même temps à tâtons dans ce vaste jardin anglais qu’est Shakespeare.

Je ne suis pas contre l’idée du gymnase. Il y a là quelque chose d’intéressant, qui demande à être développé. Je demande juste que vous preniez le temps qu’il faut pour pousser cette intuition à bout : on ne peut pas me dire « laissez-moi tranquille » quand ça fait trois ans que j’écris sous votre loupe. Bien sûr qu’il faut se garder des moments de création solitaire, et Fred je te le redis si tu sens que tu as besoin de ce temps, je ne peux que t’encourager à le prendre. On peut ne plus en parler jusqu’en décembre, et même plus loin, jusqu’à ce que tu nous reviennes avec cette idée développée. Et là on discutera. De la même manière, j’ai besoin d’un temps à moi pour poursuivre l’écriture, mais quand je vous livrerai la suite on discutera, tous ensemble. Et je resterai ouvert à vos réactions.

Quand j’ai commencé à parler de finance et de politique, j’ai amené des tonnes de références. Du vocabulaire, des images, des vidéos, des discours de Nixon. Vous y avez grandement contribué. Les heures consacrées à cette recherche sont innombrables. J’ai la même attente concernant l’idée de gymnase. Il va me falloir, nous falloir des images, des dessins, des textes et je ne sais pour approfondir ce qui, sans cela, ne serait qu’un flash – le plus grand danger de notre métier.

Maintenant que cela est dit, je veux vous préciser le socle sur lequel je travaille depuis le début, et je crois que vous avez donné votre accord sur ce socle. Il faut qu’on soit clair là-dessus, ou sinon l’édifice tombera. Sinon, cela invaliderait tout mon travail depuis trois ans.

Ce socle restera, quelle que soit notre proposition scénique : que ce soit en chapiteau de cirque, en gymnase ou autre. Ce socle, le voici (je reprends les termes de Patrice dans un de nos [nombreux] échanges) :

« Il s’agit pour nous de regarder le monde et les grands enjeux liés aux différents pouvoirs qui nous régissent ».

Il n’y a pas d’autre objectif que celui-ci, et si on s’éloigne de cette perspective, on se perdra. Le mot-clé de ce socle, c’est bien sûr « le pouvoir ».

Tout mon travail consiste à décrire les mécanismes actuels du pouvoir, avec l’aide de Shakespeare qui en cernait l’essence. Je garde son essence, je ne fais que changer les apparences.

J’ai relu nos échanges concernant les différents types de pouvoir décrits dans le Five Kings. Nous n’avons pas dit que des conneries. J’ai mis de l’ordre là-dedans, à la lumière de nos récentes discussions, de toutes nos recherches. Voici ce que ça donne : Five Kings décrit cinq formes de pouvoir que nous retrouvons parfaitement autour de nous.

Richard II : la finance

Henry IV : le politique

Henry V : le militaire

Henry VI : le religieux

Richard III : la mafia (le gangstérisme)

Pourquoi montons-nous Five Kings? Parce que nous sommes convaincus que la juxtaposition des 5 pièces historiques de Shakespeare décrit TOUTES les formes de pouvoir nous environnant. Pourquoi l’adapter? Parce que nous désirons dégager l’essence de l’œuvre en lui donnant les apparences de notre monde contemporain, jusque dans la langue.

Tout ceci est-il si loin de nous? Bien sûr que non. C’est de notre monde qu’il s’agit. Les hommes d’affaires ne sont pas de votre monde? C’est que vous vivez en vase clos.

Shakespeare a réussi à parler de rois et reines qu’il ne côtoyait pas quotidiennement, nous devons faire de même. Mais il n’y a pas qu’eux : il y a leurs conseillers, leurs valets, leurs parasites, la piétaille, les pauvres, les fossoyeurs, les militants, les amantes, les épouses, les mères avilies et toute la cohorte de l’humanité qui constitue les 5 Rois. D’où, certainement, l’importance de conserver le Jardinier dans Richard, les pauvres Shallow et consort dans Henry IV, etc.

Loin de nous tout ça? Jamais! Au Québec, on peut retrouver des échos de Power Corporation ou Québécor (Richard II) à Justin Trudeau et le pot (Henry IV), de l’armée canadienne en Afghanistan (Henry V), au Printemps érable (Henry VI), de la corruption au Café Consenza à la Commission Charbonneau (Richard III).

En France, ils passeront de Bouygues ou Pinault à Hollande/Sarkozy, puis à l’intervention en Libye ou au Mali, puis aux grandes manifs sociales récurrentes, puis à la corruption de l’affaire Cahuzac ou Bettencourt.

Et idem pour n’importe quel pays, de la Belgique à la Grande-Bretagne, qui recevront notre spectacle. La Northumberland, ce n’est pas Merkel. C’est Northumberland. Elle prend le visage de Merkel pour le public allemand, mais celui de Monique Jérôme-Forget au Québec. La vieille Gand est Liliane Bettencourt en France, Phyllis Lambert à Montréal, etc. Mais encore plus fort, ce sera quand Bolingbroke fera penser à notre père, Falstaff à l’ami qu’on voudrait avoir, quand cette crapule de Richard III nous fera rire, nous attirera. Quand je me reconnaîtrai dans la nature blessée de Richard III, dans l’humiliation de Richard II.


Les lieux

Maintenant, je vais parler des lieux. Attention : je parle de lieux pour l’écriture. Libre au metteur en scène de changer ces lieux pour un gymnase, un tas de sable ou un tas de marde. Mais il faut que nous soyons au clair avec ces lieux d’écriture. Avant de mettre ses télés, Ivo Van Hove a dû réfléchir en crisse à Rome. Je m’en voudrais qu’on écarte ces lieux avant de les mûrir. J’en profite pour vous tracer l’itinéraire du spectateur, qui selon moi passerait d’observateur passif (monde financier de Richard II) à participant actif (les manifs d’Henry VI), jusqu’à être lui-même englué par le vice du pouvoir (Richard III).

Richard II : la finance. Lieu : la salle de réunion du CA, la tour à bureaux. Si on est pas de ce monde, fine : ça ne nous concerne pas, nous ne sommes pas encore là. On regarde ça et on rigole ou on frémit. On peut avoir un peu de compassion pour Richard, mais that’s it. Les guerres sont commerciales, financières, les manifs du début doivent être des grèves, les ralliements autour de Bolingbroke sont financiers.

Henry IV : le politique. Lieu : la coulisse du pouvoir ou l’Assemblée nationale et la taverne, le bar. On commence à être là, par Falstaff, lequel représente l’Art. Réflexion sur l’impossible mariage entre l’art et la politique. Sur l’impuissance des actes chez l’artiste, mais sa puissance d’évocation. Sur son bannissement par le politique. Il y aussi de l’humanité avec l’amitié, la relation père-fils. Les guerres sont politiques, on peut sentir l’élection, la course à la chefferie. L’armée de Falstaff, ce sont des colleux d’affiche, des militants pour bonder les auditoriums.

Henry V : le militaire. Lieu : le champ de bataille (ou le QG de l’armée). On est là, pris dans le mécanisme du champ de bataille. Le Band of Brothers, le patriotisme qui peut nous faire vibrer, la mort des jeunes militaires au loin là-bas aussi. Je rappelle que notre pays, le Canada (il l’est, que nous le voulions ou pas), est en guerre. On peut continuer à ne pas en parler et à ne pas le savoir, on peut se dire que tout ça est loin de nous – c’est très réconfortant ce type de réaction. Mais on peut aussi penser aux gars de Valcartier qui ont notre âge, deux jeunes enfants et une femme qui les ont attendus, et qui sont morts dans les montagnes d’Afghanistan pour des guerres dont les enjeux les dépassaient. Ça ne prend pas qu’un casque d’armée, pas plus qu’une cravate pour l’homme d’affaires pour les jouer, ça prend du temps, du travail et de la sueur.
Les guerres sont de vraies guerres. Si le théâtre échoue à les représenter sur scène, on peut penser à des dispositifs autres : un intérieur de tank, un gymnase (!!!) de soldat dans le camp de base, etc.

Henry VI : le religieux – la foi – l’utopie. Lieu : le parvis de l’église (ou de Wall Street), la place publique. Les nouveaux croyants : altermondialistes, écolos, Occupy, anti-G8, etc. Menés par Laure Waridel/Jeanne d’Arc. On est là avec nos pancartes. Que c’est beau le Printemps érable si on est un spectateur québécois, Occupy Wall Street si on est New-Yorkais, et tous les jours à la Bastille si on est Français.
Les guerres sont des manifestations, des révoltes – parfois des révolutions.

Richard III : la mafia. Lieu : le café. On est là, mais peut-être plus du mauvais côté qu’on ne le pense. Tout le monde est éclaboussé. La crapule est fascinante.
Les guerres sont des règlements de compte, des assassinats.

Évidemment, les frontières entre ces parties sont poreuses : il y a de la mafia par moments dans Henry IV, du religieux survient ailleurs, etc. Mais chaque « Roi » décrira un fondement du pouvoir particulier.

Résumé des 5 grandes figures (je ne sais pas si j’irai jusque-là, mais je vous les donne à titre informatif) :

·         Le CEO (Richard II)

·         Le premier ministre (Henry IV)

·         Le général (Henry V)

·         Le cardinal ou le pape (Henry VI)/et le contre-pouvoir : l’altermondialiste, l’Antigone moderne

·         Le parrain (Richard III)

À noter que la grande figure du Père surplombe ces 5 titres :

·         père fondateur de la compagnie (CEO), père de la nation (Mandela en Afrique du Sud, appelé carrémment papa, Charest aussi qui devenait le père Fouettard des enfants indisciplinés du Printemps érable)

·         père des armées (général)

·         représentant du père aux Cieux (cardinal ou pape) 

·         le godfather (Richard III), le père en lien avec dieu!

Voilà pourquoi la figure de Falstaff reste le pivot central de notre Five Kings : il est celui qui a voulu proposer une autre forme de pouvoir patriarcal, le seul qui n’a pas voulu opprimer et diriger. Ce qui m’amène à préciser encore plus la veine de notre œuvre :

Five Kings explore le mécanisme patriarcal du pouvoir qui régit encore nos vies, de notre naissance à la maison aux plus hautes sphères du pouvoir. Comment l’homme, dès qu’il apprend à marcher, est dressé pour devenir un père autoritaire, le seul dépositaire de la Loi, de la chambre à coucher à la Chambre des communes.

Comment l’Histoire est la succession des règnes de pères qui ont broyé leurs fils.

Five Kings, c’est Saturne dévorant ses fils. Saturne, Chronos : le temps qui passe et nous avale.

Au-delà des lieux que je vous ai décrits, et du gymnase, il faut réfléchir à cela. À ce choc des générations : des enfants indisciplinés (Percy, Jeanne d’Arc, Talbot, Henry V) veulent mettre le feu. Certains finissent par reproduire le geste de leur père, d’autres finissent au bûcher. C’est nous : ce n’est quand même pas un hasard si le noyau créateur est formé d’artistes de la même génération. Vous savez quoi : ce que décrit Five Kings se reproduit dans nos tentatives mêmes de diffusion du spectacle! Combien nous regardent, nous les enfants un peu excités, un peu indisciplinés, et se demandent quoi faire pour nous faire taire, ou pour ne pas qu’on fasse trop de bruit.

Voilà, vous avez mon plan d’écriture pour les prochains mois, et si vous le voulez, je vous le résume en une page, on le traduit en anglais express et vous le présentez aux Anglais. Je répète que cela n’invalide pas nécessairement l’idée de Fred avec le gymnase, je dis que c’est à partir de ce socle, de ces lieux d’écriture que la mise en scène doit être pensée. C’est sur cette structure que doit être validée la proposition du gymnase ou tout autre.


Olivier


De : Frédéric Dubois
À : Tous

Date : 28 septembre 2013

 

Salut,

Je suis à l’aéroport. Je viens de lire le mot d’Olivier. 

Bien que, par moment, je trouve que c’est un peu paternaliste à mon égard, je comprends qu’après la crisette que je vous ai faite, c’est bien tout ce que je mérite. Je comprends bien que c’est pas simple dans le contexte d’être bombardé de partout, mais faites-vous en pas, je vais réfléchir à ça, mon idée. 
Je vais réfléchir. 

Je voulais écrire de quoi, mais là je suis pas capable, entre autres parce que j’ai l’impression de retomber dans la théorie.

Je trouve tout le texte très pertinent, très vrai, je comprends tout très bien, mais je n’irai pas défendre ça. Je veux bien défendre le fait international, mais la rage surtout, l’impuissance devant un système qui nous bouffe, et le vocabulaire POSSIBLE d’une transposition dans un gymnase, pour moi, ça, ce n’est pas de la théorie. 

Finalement, Longueuil a pas donné ce qu’on voulait, mais je rappelle que les 10 premières heures à refaire la Chartreuse a été d’un ennui mortel. Si le résultat était pas probant, le fait de savoir que c’est pas ça est un step énorme. 

Et ça m’a conforté dans ma position concernant le fait que nous avons aussi besoin d’un seul point d’ancrage physique, comme le miroir dans Le roi se meurt, par exemple.  

Et aussi que nous devons y aller là, plus attendre et surtout plus repousser, et faire le cast pour que les artistes s’engagent dans le processus. 

Je vous écrirai demain soir de Londres pour mon résumé. 
 

Merci

 

Frédéric


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 29 septembre 2013

 

Je suis à l'aéroport. Je quitte pour Londres. Sur les traces d'un voyage fait il y a dix ans avec mon ami Martin. Sur une terrasse surplombant la mer en Écosse, nous allions y trouver enfin la trame de notre show sur Welles. Comme ça, soudainement. Miraculeusement. 

Je n'ai jamais autant discuté d'un projet que celui qui nous occupe aujourd'hui. L'amas de textes que nous avons écrits sur nos visées, nos désirs et notre vision des choses est fascinant. Tu viens, Olivier, de le résumer très justement en y étalant tes cartes. Que ce terrain soit ta trail est fort heureux. C'est pour ça que j'ai toujours souhaité qu'il y ait des traces écrites de nos réflexions. Voilà quelque chose de concis qui doit constituer ton plan de travail pour l'écriture. 

Là, je sais que nous avons bien fait « d'accumuler le savoir ». 

Après ? Après, bien faudra en faire du théâtre. Et ce théâtre sera le résultat de ce collectif que nous constituons. Une vraie force. La discussion de l'autre soir est un moment clé de notre processus. Ça nous force. Nous défie l'un l'autre. J'en veux plus. 

Je trouve essentiel que tout en travaillant ensemble nous renforcions notre position dans l'équipe en affirmant le rôle qu'on a à y jouer. 

 

Salut. Je m'envole. 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 25 Octobre 2013

 

Salut à tous,

Je vous mets le lien YouTube où vous pourrez entendre Thomas Jolly (né en 1982), à propos de son Henry VI et des 15 heures de spectacle qu'il prévoit. Vous y entendrez un propos et surtout une liberté. Quinze heures, des centaines d'acteurs ou je ne sais pas trop, une jeunesse qui s'exprime. Le Monde, qui a vu la première partie (8 heures), trouve le spectacle plein de défauts, mais charmant.

http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/02/13/thomas-jolly-quelque-chose-de-peter-pan_1642663_3246.html


Sinon j'ai dîné hier avec mon traducteur allemand, de passage à Montréal. Il est très intéressé par Five Kings. Dès que le texte est fini, il aimerait en avoir une copie pour éventuellement le traduire en allemand. Je dis « éventuellement » parce qu’il ne traduit pas tous mes textes, il est assez difficile et ne le fait que quand il y a, selon lui, un potentiel d'intérêt pour l'Allemagne. Je lui ai parlé en long et en large de notre travail, il a été happé par cette contextualisation dans le monde de la finance, des crises financières qui secouent l'Europe comme la secouaient les guerres civiles. 

En lui parlant, en écoutant ses conseils — il connaît bien mon travail — je me suis rendu compte du chemin qu'il me reste à faire en termes d'appropriation. Ça va vous paraître niais, ou tardif comme conscientisation, mais voilà : il y a une digestion de Shakespeare qui n'est pas totalement faite dans mon écriture, qui reste encore trop collée à l'original. Je sais bien qu'on le savait, qu'on le sentait par moments, qu'on avait justement des questions là-dessus (qu'est-ce qu'on fait avec la taverne, quelle est la langue de Falstaff, etc.), mais en parlant avec lui, en écoutant ses critiques de mon adaptation d'Oedipe (qu'il a aimé, mais qu'il trouve trop collée à l'original), en voyant son intérêt à une réécriture totale et investie, plusieurs éléments me sont apparus clairs et incontournables. La langue de Falstaff ne peut pas être québécoise comme elle l'est présentement, comme elle ne peut pas rester comme celle de Déprats ou toute autre traduction existante : elle doit être mienne, foncièrement, totalement. Libre à l'acteur et au metteur en scène s'il le souhaite de l'incarner dans une oralité québécoise par la suite.

Mon traducteur m’a également pointé l'importance de la singularité dans un contexte où 8 Shakespeare sont montés chaque seconde sur cette planète. Il y a je ne sais combien de cycles de rois présentés sur les scènes européennes qui en legging, qui en jack-strap, qui en piste de cirque, qui en vidéoconférence. La seule Allemagne a vu un déferlement de cycles de rois shakespeariens à toutes les sauces. Mais une réécriture complète, ça non. Si cette réécriture projette le cycle dans un nouvel univers, avec de nouvelles préoccupations, en se nourrissant de la trame de Shakespeare, en conservant quelques-uns de ses personnages, mais en réinventant le contexte, notre singularité se fera entendre.

 

Olivier
 

Une des premières photos sur le Net quand on google « oligarchie » :

Le président haïtien Martelly, avec son équipe, dans une chambre d'hôtel.

Le président haïtien Martelly, avec son équipe, dans une chambre d'hôtel.


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 10 décembre 2013

 

Chers amis,
 

Je viens d'écouter la première partie de The Hollow Crown, une série télé de la BBC produite par Sam Mendes comprenant Richard II, Henry IV et Henry V.

C'est tout simplement extraordinaire.

Affiche de la série The Hollow Crown

Affiche de la série The Hollow Crown

Ils ont gardé le texte de Shakespeare tel quel, ne procédant qu'à quelques coupures. Ça vaut la peine que vous regardiez ça (je l'ai téléchargé sur iTunes), votre texte à la main. La modernité du jeu, l'immense talent des acteurs, l'émotion qu'ils arrivent à mettre, tout cela concourt à faire de cette série une grande oeuvre.

La seule adaptation/transgression qu'ils se sont permis dans Richard II concerne le meurtre de Richard : c'est Aumerle (!) qui le commet, afin de sauver sa peau, de montrer au nouveau roi qu'il est loyal. C'est assez poignant, d'autant plus que le film met l'accent sur la relation homosexuelle de Richard et Aumerle (et des autres « mignons » de la Cour : Bushy, Bagot, Greene…). Vous verrez qu'ils ont amplement déployé la figure christique de Richard, qui à la fin devient carrément Jésus.

Le Bolingbroke qu'on voit à l'écran est moins manipulateur, plus brut, parfois dépassé par les événements (comme ce meurtre qu'il n'a pas commandité directement).

L'acteur Ben Wishaw est à couper le souffle.

Regardez ça de toute urgence, c'est très inspirant.

 

Olivier

pour l'ambiance du gymnase : http://www.spoon-tamago.com/2013/12/22/a-choreographed-merry-christmas/


De : Patrice Dubois
À : Olivier Coyette

Date : 17 Janvier 2014

 

Cher monsieur Coyette, salut,
 

Me voici, avec des nouvelles concernant le projet Five Kings. D'abord te dire que nous accueillons comme une bonne nouvelle ton ouverture face au projet et ta volonté d'y prendre part. J'aimerais mettre sur la table de discussion la possibilité 3, que tu évoquais en novembre. C'est celle qui convient le mieux à nos trois entités, à ce stade. 
 

Possibilité 3 : le Théâtre de Poche coproduit la création et accueille le spectacle à Bruxelles, dans une salle qui risque de ne pas être le Poche, mais qui peut être choisie et investie par le Poche.
 

C'est assurément la proposition qui offre  à toutes les parties la plus grande marche de manoeuvre pour faciliter le développement artistique du projet dans ses dernières phases. Il y est question d'une réelle alliance, qui laisse la pleine légitimité au noyau central, permet au projet une envergure louable et tend la main à d'autres manières de faire. Ça vient nous provoquer, ça nous pousse, ça nous oblige. Et je crois que ça peut susciter un dialogue artistique fertile entre nous. 
 

Par ailleurs, disons tout de suite que Frédéric est ouvert à ce que tu fasses partie de la distribution. Mais je propose que cela fasse partie d'une autre conversation entre lui et toi.
 

Sache que l'écriture va bon train. Que notre Olivier Kemeid part quelques mois en résidence et qu'il accouchera d'une première version intégrale d'ici la mi-mai. Je suis content parce qu'il semble avoir trouvé les bonnes clés pour embrasser l'ensemble de son adaptation. Ainsi, il s'inspire et s'appuie sur les cinq dernières décennies de notre époque pour construire la trame et incarner sa transcription moderne. Sans tomber dans le pastiche et un jeu de référence simpliste, il se sert des grands mouvements de notre histoire récente pour aborder ces rois shakespeariens. La fin de la famille, les illusions fabriquées, la guerre froide, l'activisme social et écologiste, les espaces virtuels, etc.

 

Patrice Dubois 


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 17 mars 2014

 

Les gars,
 

Il y a un certain Roland Auzet qui vient de créer un opéra multimédia intitulé Steve Five (King Different)

Jamais vu un titre aussi obscur (et mauvais à mon sens), mais bon, il y a « Five King » dedans !!!

Le livret a été confié à Fabrice Melquiot. Ils ne plongent que dans Steve Jobs et Henry V, mais quand même ! Chapeau à Martin : il nous avait fait cette analogie avec Steve Jobs dès les premières heures de notre résidence à la Chartreuse.

Je vous mets en c. c. l'histoire de cet opéra :

L'HISTOIRE

L’opéra fait son feu des êtres déchirés et des liens qu’ils ont avec le monde : Steve Jobs, Henri V. Le livret est composé autour de deux biographies, deux itinéraires, proches, et pourtant séparés par cinq siècles, deux paroles, deux manières de se confronter au réel tout en l’inventant : Steve Jobs a peint ce que Shakespeare a nommé « le ciel plus brillant de l’invention »; le destin de la Silicon Valley face à la fresque historique de Henri V; la guerre économique, commerciale et technologique face à la guerre du morceau de fer dans le morceau de chair; la stratégie d’entreprise face à la stratégie guerrière.

 

Bises from NYC où l'écriture va bon train

 

Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 19 mars 2014

 

Salut les gars,
 

Très intéressant ! Si jamais ça se peut, essayez donc de voir ce que ça fait de traîner un corps (un joueur qui vient de se blesser gravement, peut-être mort) à travers les équipes. Soit sur une civière soit « de même », traîné au sol.

Ce feeling quand tout s'arrête dans la course automobile, dans la descente de ski, dans le plaquage de hockey, dans le coup de chaleur du foot.
 

J'ai 2 questions de prime importance. La première a un impact sur l'écriture : je travaille à partir de notre dernière mise à jour de distribution. Je compte 14 noms (9 gars, 5 filles). J'ai mis des points d'interrogation à côté de X, car d'après les dernières nouvelles, il n'y a rien de moins sûr. Ce qui donnerait 13 acteurs (8 gars, 5 filles). Je peux vraiment travailler avec ça, même que je préfère. Pouvez-vous me confirmer que ce sera 13 ? Le plus tôt sera le mieux. Et si on voit que côté budget c'est mieux, on peut y aller avec 12 (jusqu'à 10, je suis OK. N'oublions pas que, pour des effets de foule, on peut travailler avec des choeurs étudiants).

L'autre question : a-t-on les dates précises du show à Espace GO en septembre 2015 ?
 

À plus ! Je tripe fort sur l'écriture et suis dans le plan général de l'oeuvre avant de réattaquer le tout

 

Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 24 mars 2014

 

Chers amis,
 

Je suis en train de tout rebrasser Henry IV afin qu'on sente beaucoup plus le lien qui unit Harry à Falstaff : je quitte Orson Welles pour retourner à la source. Ses coupures drastiques empêchent tout approfondissement de leur relation: iI manque là toute une tendresse et une vérité dans les sentiments que le temps et la longueur chez Shakespeare aident à trouver. Idem pour le lien entre Lola et un Falstaff impuissant : il y a là quelque chose de très beau, de très touchant dans cette relation entre une prostituée et un hippie impotent. Le seul qui ne peut pas lui faire l'amour est évidemment le seul qu'elle peut aimer, car c'est le seul qui n'est pas là pour marchander son corps. J'étais dans une mauvaise piste avec la violence de leurs rapports : ils n'ont pas de manières, OK, mais même quand ils s'envoient chier, c'est par amour. 

 

Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 27 mars 2014

 

Chers amis,
 

Je viens de finir le décompte des personnages principaux des deux tétralogies. Ça ne veut pas dire que ce seront les principaux personnages de notre pièce, mais ça donne une idée en termes de nombre de lignes octroyées par Shakespeare. J'ai mis les personnages qui ont au-dessus de 100 lignes chacun : ça fait une liste de 40 personnages.

Aussi, je vous joins un tableau qui, mettons, m'a pris quelques jours… mais dont j'avais fort besoin. Ce sont les dates que nous pouvons fixer sur les pièces des tétralogies, ainsi que les âges des personnages historiques (j'ai mis les principaux et n'ai pas mis les fictifs, dont les âges sont aléatoires). À noter que, sitôt entré dans la cinquantaine, le personnage shakespearien est considéré comme « vieillard ».

Les plus vieux personnages historiques du cycle sont la Duchesse d'York (Cécile Neville), qui va jusqu'à 70 ans dans Richard III, et le Cardinal de Winchester, qui va jusqu'à 72 ans dans Henry VI

Gand, qui est considéré comme un frêle vieillard, meurt à… 59 ans. Bolingbroke, épuisé, s'éteint à… 46 ans. 

Marguerite est le personnage qui traverse le plus de pièces : à elle seule elle surplombe toute une tétralogie (les 3 Henry VI et Richard III). On la voit de 5 ans (!) à 55 ans.

8 femmes parmi ces 40, c'est sûr que je les garde. Il y en a si peu qui ont de la consistance dans le cycle que dès que j'en vois une avec du coffre, je la prends.

Marguerite

Lady Grey

Jeanne d'Arc

Duchesse d'York

Lady Ann

Duchesse Éléonore

Isabelle

Kate
 

Et 23 meurtres et morts au combat sur 48 personnages listés dans l'autre document...

 

Bonne lecture !

 

Olivier

 

PS : suis en train de lire un livre fabuleux trouvé chez Strand sur Broadway, où a travaillé Patti Smith… Ça s'intitule Shakespeare's Kings : The Great Plays and the History of England in the Middle Ages: 1337-1485, de John Julius Norwich. Vraiment très bon.


De : Caroline Ferland (directrice de production)
À : Tous

Date : 29 avril 2014

 

Bonsoir gens de théâtre,

Ci-joint l’échéancier préliminaire qui nous servira d’outil de travail lors de notre prochaine réunion du 7 mai. Cet échéancier nous mène jusqu’au démontage au terme de notre résidence Aux Écuries. À titre de rappel, nous aurons une confirmation de la disponibilité de la salle début mai. Le directeur technique des Écuries travaille pour que ça fonctionne.

 

Olivier, je n’ai pas mis d’échéance pour les étapes de ton colossal travail. J’imagine que nous aurons besoin de voix à quelques occasions l’automne prochain afin d’amener de l’eau au moulin. Nous en rediscuterons le 7.  
 

Ci-joint également une grille nous donnant une vision globale des répétitions et diffusions, j’y ai ajouté les disponibilités des deux salles d’Espace Go.  

— GO est bloqué pour nous du 23 mars au 16 mai. Pour l’instant, nous serions les seuls à l’occuper. Seulement 2 semaines ne sont pas disponibles dans cette période dû à leur soirée-bénéfice. J’ai quelques pistes de locaux que j’éprouverai bientôt.

— Le début de leur saison 2015-16 n’est pas encore coulé dans le béton.  

— J'ai eu la confirmation que nous pourrons avoir au minimum 1 semaine d’entrée en salle. Afin de nous donner les possibilités et de mettre au calendrier les dates d’entrée en salle et de diffusion, je dois leur confirmer rapidement le nombre de représentations et sur combien de semaines. Patrice, merci de m’informer à ce sujet (15 représentations sur 3 semaines ??).
 

Ces documents sont des outils de travail qui se peaufineront au rythme des saisons. Vos commentaires sont les bienvenus.

 

Bien à vous,

Caro xx


De : Frédéric Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 21 mai 2014

 

Salut toi,

j'espère que tu n’as pas trop capoté hier. C’est une manière de travailler hors norme qu'on apprivoise tous et je sais que tu sais que je capote toujours autant et que tu as toute ma confiance. En même temps, je nous trouvais chanceux d'avoir cette liberté-là....
 

Quelques notes précises et/ou questions: 
 

Je comprends bien ton commentaire concernant le téléphone et la secrétaire... que ça relève de la mise en scène et que c'est une indication de rythme. Je voulais t'en jaser, mais c'est bon...

P.22, Jeanne dit : « le temps de passer de l'autre côté ». Ça me fait drôle... on dirait que ça prend 4 ans pour mourir....

Je ne reviens pas sur le truc de Dublin. Pour moi ça n'a pas de signification historique propre, de mon temps. 

Des fois, les noms des personnages ont l'air des compagnies et je me demandais si c'était pas une piste... plutôt que de parler des Plantagenet, dire La Plantagenet, La Douglas cie, La Mowbray... Je sais pas si tu comprends. P.113, par exemple : « on a essayé d'avoir la Douglas et la Glendower ».

Mini-répliques des fois qui disent l'état de jeu qui pourrait se jouer. Exemple p. 34 : « si tu savais à quel point ça me met mal à l'aise », ou p.37 : « Tu as l'air inquiet. », ou p.65 : « Tu m'as l'air fatigué... »

Je ne suis pas certain de la nécessité de la relation amoureuse Northumberland-Henry.
 

NED EST DROLE EN CRISTI

Y a un truc par rapport aux dix ans qui séparent les deux pièces : est-ce que ça veut dire que Harry est dans les tavernes depuis dix ans (vu que tu le mentionnes en fin de Richard) ? Aussi, par rapport à Percy : à la fin de Richard, il en parle et au début de Henry, on dirait qu'il ne le connaît que très peu (p.90). On dirait que ça a peu changé en dix ans. Y a une porte ouverte là-dessus (p. 92) que Percy soulève et je pense qu’il faut pousser ça.

 Je pense que les choses devraient déjà être plus perverties. Henry a certainement plus d'emprise et il connaît le monde autour de lui, non ?

C’est quoi le ton des scènes Percy-Kate ???

Shallow, c'est qui ? J'ai comme eu l'impression que c'était un teamster... un gros syndicaliste de la Baie James.

Je ne crois pas la bataille sur le parquet. Ça ne veut rien dire pour moi... je ne sais pas comment le dire autrement.
 

 Bises mon ami. Profite bien des derniers instants-dans-la-grosse-pomme-de-maudit-chanceux-trois-mois-dans-cette-ville-de-malade-je-t'envie-va-péter-dans-les-fleurs.

 

Fred


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 21 mai 2014

 

Salut à tous,
 

Oui, j'ai capoté. Je capote encore. Évidemment. Si je n'avais pas capoté, cela aurait voulu dire que je n'ai pas de lien émotif avec ce texte, ce projet, cette troupe.

Ce ne sont pas les commentaires précis qui m'ont fait capoter, et ceux de ce matin aident même à pointer des éléments. Non, ça, c'est de la cuisine — pas des détails, mais c'est le travail en marche.

Ce qui m'a fait capoter et m'ébranle encore, c'est le manque d'enthousiasme général, voire la déception. Je l'ai bien senti. C'est tout à fait louable de votre part de ne pas l'avoir caché, reste qu'après l'avoir entendu je me retrouve devant mon clavier avec les ailes pas mal coupées.

Je sais bien que si le texte avait été à la hauteur de vos attentes et désirs, s'il vous avait surpris, émus, ravis, les problèmes auraient été d'ordre secondaire.

Il faut que j'aie l'honnêteté d'en tirer les conclusions.
 

Il ne pourra pas y avoir et il n'y aura pas dans ce texte tout ce que vous voudriez qu'il y ait. Les auteurs ne pourront jamais écrire tout ce que les metteurs en scène, acteurs et concepteurs ont en tête, pas plus que les peintres ne rendront toutes les couleurs de vos fantasmes. Une seule couleur, un seul bleu peut renverser un oeil de la même manière. Je pourrais décider de ne concentrer toute cette pièce que dans une seule sphère, qu'elle soit économique, militaire, religieuse. Quand le travail convainc, on n'en est pas à se dire
« moi, j'aurais parlé du Vietnam à la place de Dublin ». Pour moi, le fait que vous tiquiez sur ces détails prouve qu'il n'y a pas d'accord sur le fond.
 

On a parlé beaucoup hier de ce qu'on voudrait qu'il y ait (la violence, les batailles, les références aux temps modernes), on a peu ou pas parlé de ce qu'il y a profondément. Je ne parle pas du contexte financier, lequel peut être élagué, atténué, ni du contexte historique, qui peut être appuyé ou non. Je pense plus à la langue, à la poétique, au rythme, aux relations entre les personnages. C'est au coeur du texte : les trois quarts de mon travail des trois mois n'ont pas tant porté sur Goldman Sachs ou la crise des subprimesmais bien sur les relations entre les pères et leurs fils, les trahisons entre cousins, les mères qui font défection, etc.  Il se peut que je doive davantage le mettre en avant (cf l'idée du prologue remanié de Patrice, encore que je me méfie du téléguidage du thème au public), il se peut aussi qu'en atténuant le contexte financier la dimension familiale apparaisse encore plus. Mais la trame est là, les enjeux sont présents.
 

C'est un premier choc pour moi, je veux dire le fait que nous n'en ayons pas vraiment parlé. 
 

Il y a quelque chose qui a été dit hier et qui est là depuis les tous débuts de ce projet : je dois à la fois m'approprier la chose pour la faire mienne, et marcher dans la forêt shakespearienne.

C'est une tension qui a des relents de schizophrénie : il arrive que dans la même phrase vous me disiez : « Crisse-toi de Shakespeare, on veut t'entendre/Attention, dans Shakespeare, Harry tue Hotspur ».

Ou encore :

« Fais-le à ta sauce, prends position/Wow, tu peux pas dire qu'Hotspur est pas important, il faut qu'il soit là ».

Et ainsi de suite.

Cette tension, que j'ai intégrée en moi-même depuis le début de ce projet, elle est devenue insoutenable.

Si on avait vraiment voulu une pièce de moi et de moi seul, on n'aurait pas fait tout ce travail autour de Shakespeare, je ne vous aurais pas envoyé une moitié de pièce et ce serait « Voilà ma pièce, take it or leave it. »

Si on avait voulu une traduction de Shakespeare, avec coupures, on aurait procédé autrement.

On ne veut ni l'un ni l'autre, mais un entre-deux. 
 

Hier, en raccrochant, j'ai pour la première fois envisagé mon retrait de l'aventure. Je vous le dis ce matin plus sereinement, avec tristesse cela dit : je n'ai pas encore pris ma décision, mais j'en suis là. Ça fait quatre ans de ma vie que je travaille sur ce texte, et j'ai passé les trois derniers mois à écrire à temps plein la version que vous avez dans les mains. Si elle ne déclenche pas plus d'enthousiasme que ça, il faut que j'arrête ça là. Je ne peux plus me permettre de prendre tout ce temps pour en arriver à un texte qui ne vous allume pas.
 

Beaucoup de choses qui ont été dites hier peuvent passer magnifiquement dans une traduction existante, avec coupures à l'appui. Les années 60, 70, 80, les guerres au Vietnam, la famille, le pouvoir, les trahisons, la contemporanéité ; tout cela est dans Shakespeare. Il suffit de couper, de trouver quelques équivalents modernes à des termes compliqués : « déposer », par exemple, tu le remplaces par « limoger » et le tour est joué.

C'est un travail de dramaturgie. Quand Patrice m'a approché en 2010, il en était éventuellement question.

Cela rendrait aussi le travail du noyau plus facile : sur un tiers terrain, qui plus est est écrit par un auteur mort, on peut y mettre ce qu'on veut. 

Mais moi je suis vivant, et il y a des limites à ce que je peux faire, et ce que j'ai envie de faire.

Voilà pour mon état. 
 

Nous devions envoyer le texte aux acteurs hier, je vais écrire à Caroline pour lui dire que nous allons retarder cet envoi jusqu'à vendredi pm. Ça me donnera un peu plus de temps pour faire les modifications dont je me sens capable à ce stade. Il se peut qu'il y en ait peu ou pas, je ne sais pas si je trouverai motivation et énergie pour corriger certains tirs.

Je comprends bien que les références trop pointues, trop réalistes, alourdissent le texte et posent des problèmes de cohérence. Les lois du théâtre nous montrent souvent que l'imaginaire, le non-réalisme sont souvent plus « vraisemblables ». Pour le reste, je ne sais pas.

Les acteurs auraient la fin de semaine pour lire.
 

L'atelier sera le point tournant du projet en ce qui me concerne : si, à sa sortie, vous n'êtes pas plus emballés que ça sur le texte — et ça se peut, ne nous le cachons pas — alors j'en tirerai les conclusions. Il vous restera à voir s'il faut confier le travail à un autre auteur ou s'il faut revenir au texte de Shakespeare, avec traduction existante et éventuelles coupures.

Vous comprenez qu'il n'y a nul chantage ici, mais bien une question de dignité : vis-à-vis de moi, vis-à-vis de vous. Nous n'avons pas le droit, par amour de notre art et par importance pour notre amitié, de nous embarquer sur un texte qui ne provoque pas en nous une folle envie de le monter, de le jouer, de le défendre becs et ongles.

 

Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 23 mai 2014

 

Salut à tous,
 

Tout d'abord merci pour vos mots d'encouragement et les discussions post-Skype que nous avons eues. Ça fait du bien et remonte le moral. Ça n'empêche pas le vertige et le point tournant auquel je suis arrivé, mais ça permet de persévérer.

Voici une version remaniée de ce que vous avez lu. J'ai repris le tout en ne restant pas confiné à la sphère économique, en ayant en tête le fameux « The world is a stage ».
 

Des choix ont dû être faits en ce sens, les voici :

1) Richard dans ce cas est élu démocratiquement. La légitimité dont il se réclame, c'est celle des urnes, de la démocratie. Je crois que c'est important. 
Les grévistes ou manifestants du Nord-Ouest deviennent des émeutiers : il faut qu'on sente le germe de la rébellion dès le début de la pièce.


2) Henry Lancaster fait donc un coup d'État. Pour illustrer la violence de ce coup, j'ai réintégré la décapitation de William Greene. Vous me direz si c'est trop. Ça sonne l'alarme du début de la série sanglante.
 

3) Les émeutiers du Nord-Ouest deviennent une rébellion, matée par les Northumberland. On peut penser à l'IRA, où à des séparatistes tchétchènes. Je parle donc de véritables prisonniers dans la fameuse scène de discorde.
 

4) Cette rébellion atteint le palais (je ne parle plus de tour à bureaux, mais de palais présidentiel, comme l'Élysée ou la Maison-Blanche. Il y a bien sûr des bureaux à l'intérieur). Percy va tuer Henry Lancaster et Harry sauve son père. Il y a de nombreux morts, comme présentement en Ukraine ou en Libye (révolution de palais, justement).
 

5) Harry Lancaster a des visées guerrières en pays étranger. À l'époque de Shakespeare, le grand ennemi symbolique est français. Ça ne peut plus l'être à nos yeux modernes. J’avais donc un problème en conservant le nom des Valois. S'il y a un ennemi symbolique aux yeux occidentaux modernes, c'est bien l'Arabe (je les aurais faits russes si j'avais écrit cette pièce en pleine guerre froide, et nos descendants en feront certainement des chinois). J'ai donc changé le nom des Valois pour Amasia. C'est un nom turc, mais qui a aussi des déclinaisons possibles dans d'autres langues. J'ai tenté de chercher des prénoms pour les Valois qui ne les situent pas dans un pays précis, bien qu'ils dévoilent leur « moyen-orientalité » (Ines, Elia, Hizah, etc.)

Le modèle de la famille Amasia et donc de leur régime politique est à la fois les Assad en Syrie (à l'apparence très occidentalisés, et qui sont encore les alliées de la Russie, par exemple), ou des Moubarak, Kadhafi, Hussein, etc. Ça tombe bien parce que toutes ces familles ont eu un pouvoir dynastique complètement shakespearien.
 

6) Exit donc brokers et autres dans Henry V et retour aux sources avec discours guerriers, dont celui de Bush qui, a-t-on pu lire, s'est directement inspiré d'Henry V. Il est dit aussi que le Pentagone a distribué, en 2003 lors de l'invasion de l'Irak, le speech du Band of Brothers aux soldats américains.
 

7) Pour le prologue, je remets une ancienne version. On verra si on en a besoin. La version que vous avez lue permettait à Richard de « légitimer » son pouvoir auprès du public, mais nous n'en avons peut-être pas besoin.
 

Il risque d'y avoir des restes de l'ancienne version, mais au moins vous aurez une vue d'ensemble vers ce que pourrait donner cette version. Si ça ne marche pas, on retourne à mon ancienne, expurgée de quelques longueurs.

J'attends votre go pour l'envoyer à Caroline ce soir.

 

Olivier

 

PS. Est-ce que le titre vous va ? Sinon je suis ouvert à ce que ça s'appelle Five Kings (en anglais), mais il faut qu'on prenne une décision là-dessus.


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 23 mai 2014

 

Messieurs et Monsieur Kemeid, bonsoir.
 

La trame se raffine.
Un plaisir !

Lu rapidement, mais avec grande attention.
Je suis enthousiaste et ai très hâte de l’entendre dit.
Shakespeare apparaît, repart, revient constamment.
Tes choix sont clairs, Olivier, à travers ces mouvements.
Du conseil à la banque, du territoire imaginé de l’économie au champ de bataille de destruction massive.
C’est drôle quand il le faut.
L’humanité n’est empêtrée que d’elle-même.
Les meurtres sont cruels.
Beaucoup plus baroque. Mais en ce sens, j’ai l’impression que sa dimension dramatique est plus forte. 
Tu t’éloignes du calque d’un « milieu » pour pénétrer dans une incarnation de ce qui est du vivant.
Je me fous, on dirait, que les conventions ne soient pas littérales et linéaires.
On passe de l’une à l’autre des époques de la vie.
Le point commun, c’est la langue et la représentation théâtrale potentielle.
 

P.118 : Le marché en éruption, est-ce un restant ?

P.140 : J’ai pas vu arriver Johanna. Est-ce moi ?

Les Amasia. On ne peut plus clair.

Franchement, le prologue du tout début m’apparaît étrange, théorique par rapport au reste. 

Il y a deux, trois fautes de frappe aperçues par mon correcteur, mais sans plus.

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 23 mai 2014

 

Salut les gars,
 

Merci Patrice pour les commentaires, c'est super.

J'ai changé « le marché en éruption », c'était un restant.
J’ai ôté le prologue. On fera la lecture sans, on verra si ça nous manque.
Je laisse en l'état le discours assez long d'Harry /Bush. Je me doute bien qu'on en coupera des bouts, mais à ce stade j'ai envie de l'entendre comme ça. C'est un speech fascinant, shakespearien à l'os. Une rhétorique redoutable. 
 

Fred, je vais m'occuper de dire à Caro les changements de noms de personnages vu que ça a un impact sur la distribution (mais ça reste pareil évidemment).

J'ai bien hâte à l'atelier !

 

Olivier


De : Frédéric Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 28 mai 2014

 

Salut auteur,

Voici quelques commentaires, notes, questions supplémentaires suite à la lecture des derniers jours. Je veux que tout soit corrigé comme je le désire. Rien de moins. 
 

RICHARD

P.5 : Je ne comprends toujours pas

P.15 : Est-ce que, quand Richard congédie Henry et Mowbray, comme c'est officiel, il ne devrait pas nommer Mowbray avec un nom complet comme il le fait avec Henry ? Je propose Roland.

P.23 : Le manque de liquidité. Faudrait pas préciser les liquidités de qui ? Du parti ? Personnel ? Parce qu'on est encore dans un monde politique élu démocratiquement, et faudrait pas croire qu'ils pigent dans l'argent public pour exécuter un homme (opération sur son oncle).

P.31 : Richard menace Jeanne de l'étrangler. Est-ce que c’est pas une menace trop forte qui le différencie des manières de Henry plus tard ou de Harry ? C'est juste une menace, mais est-ce dans sa nature ? Et comme en p.35, Henry, lui, menace de tuer, ça joue sur ce qui les caractérise l'un par rapport à l'autre (Richard vs Henry).

P. 63 : Richard démissionne publiquement. Ne devrait-on pas justifier en une ligne quelque part un truc qui dit : on dira au public que... Perte de confiance du parti (comme Landry) genre...
 

HENRY

P.75: Falstaff : « sans que j'aie à te divertir. » Le mot divertir pourrait être ajouté. Je fais référence à ce discours ambiant qui m'énerve, qui dit que l'art divertit.

Mini-phrases des fois qui nomment l'état d'âme des personnages et que je pense qu'on peut sauter. Je les ai pas toutes notées, mais exemple p. 83 : « Tu peux pas savoir comment je jalouse sa mère. » Je pense qu'on le comprend autrement.

P.141 : Je te jure que c'est pas un cadeau.... 

P.85 : « la moitié de mes soldats ». Est-ce que ce sont vraiment des soldats ??? Ça fait de lui un gars d'armée... Je sais pas si y a pas autre chose comme équipe tactique, genre... Je sais pas.

Question générale : on s'en crisse que Northumberland soit joué par une Québécoise et que Percy ait un accent français ??? Moi, je m'en crisse, mais bon.

P.113 : Harry offre la tête de Percy, mais c'est Mortimer la menace du siège. Ils le savent... Ça se justifie par la simple jalousie/envie de Henry/Harry par rapport à Percy. Est-ce qu'on ne peut pas se dire qu'ils ne saisissent pas l'enjeu ? La menace, c'est Mortimer, mais l'homme à abattre c'est Percy???  Moi ça passe, mais je vérifie auprès de vous. 

P.116 : Juste ajouter un truc qui dit : « S’ils me cherchent, ils te cherchent, fais gaffe à ton gros cul. », pour aider l'histoire des body guards. 

P.138 : Comment se comporte Harry devant sa famille quand Falstaff dit des niaiseries ? Quand la didascalie dit qu'il rit, ça me fait bizarre. Une miette. 

P.139 : Kate : « Il n'a jamais su attendre... » On l'a beaucoup dit et démontré, je trouve. Ou le dire autrement par une image.... Y est né prématuré, genre ?????

P.150 : Lola : « iI est comment Harry ? » Ça insinue qu'elle le connaît pas beaucoup. Oui ? Elle pourrait dire : « Ben voyons, y est fin Harry »... Genre. 

Quand Falstaff est démasqué par Harry et Ned, il joue celui qui a pas dit ça, mais aujourd'hui j'entendais aussi celui qui est quand même content que son chum soit revenu. Une vraie belle joie. 

P.155 : Ça me fait drôle que Henry ne sache pas qu’Aumerle a une fille. 

P.166 : Nomination ??
 

HARRY

P.171 : Canterbury dit que Harry réfléchit avant d'agir. Est-ce qu'il a pas toujours été comme ça?  Harry connaissait son trajet, et c'est ce qui le différencie de Percy, impulsif.... Non ?

P.175 : Proposition : « Les banques me trouvent inexpérimenté, elles abaissent constamment nos cotes de crédit. » C'est juste que ça sonne comme quelque chose de très actuel de dire ça, je trouve.

P.183 : « L'ancien Harry t'aurait certainement tué sur le champ »... Est-ce que c'est vrai ???

P.190 : je suis assez en accord avec la remarque par rapport aux noms français, supposés alliés de Amasia. Des noms russes ? Communistes ?? Arabes ?? C'est peut-être trop...

P.200 : Dans son discours, Harry peut glisser une phrase comme quoi il vient des bas-fonds, il connaît la merde. En plus, ça donnerait raison à Aumerle.

P.203 : Quand Amasia dit qu'il regrette d'avoir mêlé ses enfants à tout ça, je peux pas m'empêcher de les voir dans les plus grands collèges de Suisse comme les fils de Kadhafi... Ça me sidère toujours de voir ça, que l'Occident, les hauts dirigeants laissent aller ces charrues quand ça fait leur affaire et qu'en temps de guerre, ils les démolissent alors que leurs enfants ont étudié dans les mêmes collèges de riches. 
 

Je vous fais un autre mail pour parler distribution.

 Merci et bravo et malade !!!

 

Frédéric


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 29 mai 2014

 

Bonjour sieurs,
 

Quelques notes hygiéniques :

P.90 : Percy parle de « lui ravir son siège ». Ce serait plutôt le faire tomber de son siège, quelque chose comme ça.

P.106 et p.108 : Deux exemples pour dire qu’à mes oreilles, on utilise l’image de la « pute » trop souvent pour décrire le monde de Harry. 

P.111 : Le jeune Percy transforme en gloire tout ce qu’il touche… Ça me paraît étrange quand il va dire trois répliques plus loin qu’ils se sont insurgés. Dans la version originale, il parle de ce que Percy a fait pour Douglas et montre qu’il est semblable à lui à l’heure de renverser Richard. Puis, il parle de Percy le conspirateur. 

P.117 : « 7000 soldats ont été mobilisés ». 7000 hommes seraient plus juste, non ?

P.130-140 : Le monologue de vengeance de Northumberland relate bien dans la version shakespearienne comment the great chain of being est détruite. Ce serait intéressant qu’elle s’en remette à ce plus grand que soi.

P.138 : La réplique de l’histoire débile ne convient pas à Henry à mon avis. Elle doit être tournée autrement. 

P.157 : Première réplique de Henry. Il a déjà dit ça de son fils en ces termes. Il y a moyen d’aller un peu plus loin ?

P.176 : Aumerle : « l’étude commandée par Harry ». Ça me paraît bizarre suivant ce qui vient d’être dit. Aumerle pourrait dire qu’il commandera une étude, ça ajouterait à ce qu’il tombe sur les nerfs de Harry.

P.194 : « une armée cinq fois plus... » me semble étrange. Un « armement cinq fois plus important » serait peut-être plus juste.

P.202 : « c’est la honte qui rejaillit sur le pays et notre famille » me semble un enjeu similaire à ce qu’on a connu. Qu’est-ce qui différencie les Amasia ? Un affront à leur Dieu ? À leur tradition millénaire ? Une insulte à leur intégrité religieuse ? Il a fait sauter leur pipeline ? Je cherche.

P.205 : « c’est ce que mon père désirait ». Je ne comprends pas cette réplique de la bouche de Ines.
 

Ton travail est formidable Olivier. Je suis retourné dans la Pléiade et ai constaté l’ampleur des choix que tu as faits. 

À tout de suite et merci encore les gars pour ces heures de travail. Inspirant.

 

P. 


De : Olivier Coyette
À : Tous

Date : 8 juin 2014

 

Chers amis,
 

Je suis très heureux de l'aventure du laboratoire Five Kings auquel j'ai eu la chance de participer la semaine dernière.

Je souhaitais dire deux choses très brèves, qui résument un peu ma pensée. Le texte est beau, dynamique, synthétisant bien l'univers de Shakespeare, mais à mon avis il manque deux éléments pour qu'il trouve son véritable aboutissement :

1— Je crois qu'Olivier doit injecter de lui-même dans l'écriture, se permettre des incises contemporaines, des dialogues et des réflexions à lui. Ce texte n'est/n'a pas encore assez de Kemeid.

2— De même que dans cette première partie, certains rôles « collent » à certains acteurs, je pense qu'un atout pour l'écriture serait qu'Olivier sache qui va jouer qui dans la deuxième partie. Bien entendu, cela doit se faire dans une deuxième phase. 

Le texte, pour l'instant, en est à la synthétisation de Shakespeare. Fidélité historique à la fois et licence littéraire de qui s'autorise à « ramasser » 18 heures de spectacle en 5. Mais une fois que ce matériau sera là, je crois qu'il serait pertinent qu'Olivier se permette, ça et là, des moments où il injecte de l'actuel dans le propos de tel ou tel personnage, d'autant plus qu'il saura que c'est Pat ou Jean-Marc qui vont porter ces paroles-là.

Là, alors, nous aurons une oeuvre pleinement originale, d'inspiration shakespearienne, portée par des acteurs pour lesquels, dans leur grande majorité, l'auteur aura écrit.
 

Si ce que je dis là vous paraît l'évidence même, exactement ce vers quoi vous vous dirigiez, excusez-moi, ou plutôt, je m'en réjouis ! Je n'avais pas l'intention ici d'être impertinent ou donneur de leçons, simplement donner mon avis par rapport à ce si beau projet en cours, de manière à ce qu'il soit le plus fort, le plus puissant possible.
 

Et Olivier, dieu sait que je me rends compte à quel point tu as déjà immensément travaillé !!!

Un énorme travail a déjà été abattu.

À mi-chemin, je me suis permis ces remarques, j'espère que nul d'entre vous n'en prendra ombrage.
 

Amitiés, chers amis,

 

Olivier C.


De : Patrice Dubois
À : Tous

Date : 2 septembre 2014

 

J’aime beaucoup cette idée d’une petite scène. Une petite scène qui pourrait à un moment ou un autre se déployer et offrir une perspective dramatique forte. Tu te souviens, Fred, quand Richard II, répudié, restait seul dans l’immense gymnase ? 

La petite scène propose un cloisonnement, un huis clos propice aux tractations. Espace bureau. Arrière-café dans les cafés italiens. Chambre à coucher. Salle de bain. 

Elle m’inspire le socle (podium) sur lequel on monte pour s’adresser à une foule. Et duquel on tombe quand tout s’achève.

Plusieurs acteurs sur un petit espace favorise l’idée de foule.

Un espace privilégié, plus petit que celui qu’occupent les spectateurs. La somme de la scénographie étant constituée de la scène et de la salle. 
 

Amas d’accessoires. J’ai cette image, je sais pas pourquoi, du vortex de déchet dans l’océan Pacifique. De tout ce qui jonche les soubassements de nos vies. Ce qu’on ne voit pas.
 

Affiche pour les lieux : pas trop, non ! Récupéré par le théâtre d’intervention ou celui de l’absurde. Trop ribouldingue. 

Martin et Fred, où en êtes-vous avec l’idée de la scéno créée par la lumière ? Et par cette idée des équipes sportives comme « décor » humain ? Que reste-t-il des explorations du gymnase ? 

J’aimais bien ce 99 % d’humains se constituant en groupe, en tableaux vivants, en figurants des vies de nos dirigeants. Sur les plateaux de tournage, il y a toujours un endroit où les figurants sont assis et jasent à côté du kraft. Ils attendent et attendent. Puis soudainement, on a besoin d’eux et ils se mettent en mouvement, sachant où aller et comment y aller. Cette idée d’une masse non pas informe, mais anonyme et pourtant puissante.  

 

À vendredi,

 

Patrice


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 6 septembre 2014

 

Salut les gars,
 

Un grand merci pour la belle rencontre d’hier. Ça m’a fait beaucoup de bien, je vous avoue que j’avais vraiment le moral à plat avant de la commencer. Il y avait sans doute quelque chose de plus profond à cette lassitude, quelque chose qui a à voir avec l’écoeurement de demander des permissions.

La plus belle chose qui a été dite hier, c’est ce voeu d’arrêter cette recherche. Ça nous épuise trop, et puis on est assez.

C’est d’ailleurs notre noyau, je n’en ai jamais assez parlé, qui m’a tenu tout au long de l’écriture des rois. Si j’ai douté de tout, de moi, de Shakespeare, du contexte, des versions, de la langue, alouette ; je n’ai jamais douté de nous, nous ensemble. Jamais. 

Je sais que, quelle que soit l’avenue décidée, quel que soit le contexte (qui est avant tout une scène de théâtre), nous nous rendrons à bon port — et ce port sera le nôtre. 

Je (c’est le coproducteur qui parle) vous propose à présent cette manière de fonctionner : des réunions très régulières, mais courtes (peut-être une heure max.), à la semaine, en présence du noyau (ceux qui peuvent) et des filles (directrice administrative, directrice de production, assistance). Ces réunions doivent avoir lieu au PÀP. Comme ces réunions seraient courtes, une partie pourrait être faite facilement par Skype. Ceux qui ne peuvent être présents même par Skype donnent leurs points à ceux qui y sont. Patrice, il y a même des réunions que tu peux sauter, tant que le fil est maintenu, qu’il y a des procès verbaux, qu’on se tient au courant, les choses avanceront.

Je crois même qu’on pourrait se fixer ça tous les vendredis, genre fin de journée, 15 h à
16 h. Le rendez-vous hebdomadaire, le petit temps où on Skype et où on se maintient au courant des avancées.

Ce qui nous permettra de conserver les dates actuelles (en octobre et plus tard) pour parler d’artistique juste entre nous, le noyau. Quand je parle d’artistique, je parle d’art :
« Dispositif scénique, dis donc, scène 2, tu vois ça où ? Penses-tu que la métaphore irakienne est claire dansHenry V ? Moi, ce qui me tente, c’est de voir un choeur qui tombe à la fin de l’acte », etc.

On fait ce projet pour ça aussi, non ? Les quelques propos qu’on a échangés là-dessus hier m’ont fait triper (choeur, éléments de gymnase, lumières autoportantes, etc.) et pour leur laisser de la place, il faut conserver des réunions plus générales chaque semaine.

 

Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 23 octobre 2014


Messieurs,

Voici le texte.

350 pages.

Soit 66 000 mots.

Pour l’instant, ça dépasse 5 heures. Je calcule, seulement pour la lecture, autour de 6 heures. Avec les entractes, on n’est pas loin d’un show de 7 heures.

Si nous ne voulons pas dépasser les 5 heures, il faudra couper — à peu près 100 pages. C’est possible. Tout est possible.

La forme s’est précisée et unifie les huit parties : l’adresse au public. Je tourne autour du pot depuis les débuts, et ai enfin traversé le 4e mur : il y a des moments où les personnages s’adressent directement au public. Les acteurs ne sortent pas de leur personnage, mais ces derniers ont eu une « surconscience » qui leur permet de se nommer, de tisser une complicité avec la salle, de se confier. Nous désirons depuis le début approfondir la question de l’intimité en politique, de la confidence : cette adresse se déploie dans cette veine. C’est aussi, bien sûr, un salut à Shakespeare qui, lors de l’écriture de Richard III en 1592, invente un procédé qui fera date, et dont il est le premier à faire usage dans le théâtre mondial : le monologue psychologique détaché de l’action. Il développe cette technique révolutionnaire pour son époque dans Richard III, puis l’utilise dans les Henry IVet V et le Richard II.

J’ai précisé dans le texte les moments de ces adresses, qui sont des passages plus narratifs : les personnages portent leur propre narration, comme le faisaient mes personnages de L’Énéide et comme le font encore mes personnages de Moi, dans les ruines rouges du siècle : « Bonjour, je m’appelle Sasha, et l’histoire que je vais vous raconter… ». Cette pièce en est truffée et se termine sur une adresse de Sasha au public.

C’est curieux que cette technique, si présente dans mes autres pièces, ne me soit pas apparue plus tôt dans mon travail sur Five Kings.

Peut-être était-elle trop évidente.

J’ajoute qu’avec 45 personnages, ce procédé permet de passer outre toute inquiétude sur la confusion des personnages et de leur acteur : ceux-ci se nomment, se décrivent, et on peut le refaire comme bon nous semble, tant que c’est intégré.

Fred, ne te sens jamais coincé avec cela, et avec mes précisions : tu as un jeu, tu as du lousse là-dedans. Une fois dans la salle de répétition, je me rendais compte que certains de ces passages étaient mieux lorsqu’intégrés aux dialogues ; à d’autres moments j’en faisais des moments « entre-deux », entre les personnages et la salle.

De la même manière, j’ai indiqué à quelques reprises que le personnage « allait » dans la salle, parlait directement à un spectateur, etc. Aucune obligation scénique là-dedans. C’est pour vous donner le mouvement général et clarifier l’intention. Ça me donnait également un souffle, un rythme, des ruptures de ton importantes.

Je ne sais plus quand est-ce qu’on se voit. Dans tous les cas, ne faites pas circuler cette version avant qu’on se la lise, qu’on se parle, etc.

À bientôt et bonne lecture mes amis


Olivier


De : Martin Labrecque
À : Olivier Kemeid

Date : 23 octobre 2014


Oh la la, bravo mon ami !

J'ai très très hâte de m'installer et lire tout ça .

Très excitant !

Merci

Xx


Martin


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 30 octobre 2014


Oli,

J’ai lu le texte hier, à Rawdon. De 10 h 10 à 16 h 20. Avec pauses et grand air, mais d’un trait.

La fin m’a soufflé. Étonné. Tourmenté. Le fil attaché à « la paix » que réclame Richard est tendu à l’autre bout par le simple, le tout simple amour de la mère que réclame l’autre Richard. Mon royaume pour être bercé, pris, aimé.

J’ai trouvé cela tellement juste. Et symptomatique de l’état de crise initial et fondamental. Je parlais récemment avec Jennifer Tremblay du lien à la mère, très présent dans Le Carrousel. Et nous faisions un parallèle avec la mère patrie, la mère biologique et la langue maternelle. Le sang/ la terre/ la culture. 

Il y a dans cette réplique de Richard tout notre projet, exprimé avec tout ton coeur. 

J’ai pris diverses notes au fil de ma lecture. Des petites choses, relatives à ce que j’appellerais un call to action reflex ( terme anglais pas rapport)Souvent placés en début de réplique, ce sont de petits embarras qui empêchent un ton direct et une répartie franche. Je te les dirai. Il y a en a un petit paquet, rien de grave. Mais je crois que tu peux t’en délester à ce stade. 

L’essentiel de ce j’ai à dire concerne le bloc compris entre la mort de Falstaff et la naissance des frères York. À mon avis, chez la Jihanna, les Amasia et autres Talbot il y a le début de quelque chose qui peut encore prendre du volume sous ta plume. Faut se voir pour y aller dans le détail. J’aimerais t’en parler en vis-à-vis. 

Dans ce segment, Ned et Gower ne sont pas bien utiles. Ça, c’est une impression nette et quelque chose que je peux te dire maintenant. En fait, le monde de Falstaff doit mourir avec lui. C’est ce qui est profondément tragique. Un monde, une époque, une manière, une culture sont anéantis quand le pillage de Harry commence. 

Très vite, à ton retour, j’aimerais qu’on se voie. Dis-moi quand.

Merci de cet acte d’écriture. 


Patrice


De : Frédéric Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 30 octobre 2014


Je ne t’ai pas encore écrit parce que la vie va vite, mais j’ai lu le texte en fin de semaine et je suis encore dedans en ce moment. J’ai parlé avec Patrice et Martin, individuellement. 

Dimanche, j’ai lu en arrêtant après Henri VI puis le lendemain, j’ai terminé le tout et alors, c’est devenu clair pour moi. En tout cas plus clair. 

J’ai une ligne, un mouvement en moi. Je suis très heureux de ça. 

Tu as fait un travail colossal. 

C’est fou. 

C’est malade. 

Bravo, bravo, bravo. 

J’aimerais te parler juste à toi aussi de mes idées pour peut-être influencer la suite des choses et aussi commencer à nommer une méthode de travail pour la suite, parce que faudra donner du jus aux concepteurs et je veux ton avis, ton accord, pour qu’on travaille dans le même sens. 

À plus x


Frédéric


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 15 novembre 2014


Salut les gars,

Voici la nouvelle version, expurgée de 74 pages. Le texte fait maintenant 276 pages, ce qui représente à peu près 4 heures 30 minutes à la lecture. Je crois que, si on arrive à couper encore une vingtaine de pages, on aura un show de 5 heures, on en est donc pas loin. La lecture va peut-être nous aider à cerner où il y aurait matière à couper.

Au-delà du temps gagné, les coupures font du bien sur le strict plan dramaturgique.

Patrice, je n’ai pas encore trouvé d’équivalent satisfaisant au terme « mandat » et leur seule élimination ne suffit pas : il nous faut tout de même parler de leur « règne », de leur « temps ». Cette durée est essentielle, et surtout la fin de cette durée, que tous attendent : l’un meurt avant terme, l’autre le prolonge indéfiniment, etc. J’ai donc laissé « mandat » et on verra par la suite ce qui nous paraît le plus approprié.

Je vous envoie également le document sur la distribution. Fred, si tu y vois des incohérences, tu joueras dedans évidemment. Aussi, je peux envoyer le texte à Park mais il faut lui préciser ce qu’elle lira (tu le fais ?)

À plus !


Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Tous

Date : 27 novembre 2014


Exit les Amasia.

Vraiment bien les deux lectures, et la discussion après. Les choses s’éclaircissent de plus en plus pour moi, je vais à l’essentiel, je me concentre sur ce qui importe sur une scène.

Le théâtre prend toute sa place.

J’ai ôté Amasia l’Ancien et Elia Amasia, voir ce que ça donne, et c’est super : non seulement ça permet de réduire encore le texte, mais ça donne toute une importance à Ines. Car c’est elle qui devient la leader. Ses monologues empreints de dignité et en même temps de fatalité rendent justice à ce « Moyen-Orient compliqué » bafoué de jour en jour.

Idem pour Jihanne : dégagée de son dialogue avec Elia, elle devient une soliste. Ses soliloques sont adressés à la fois à Dieu et au public. Le personnage en ressort plus fort.

J’en suis à 258 pages — soit 100 pages de moins que la première version !!!

On approche les 4 heures de lecture voulues (4 heures 20 minutes, à mon avis). Le reste des coupures, on pourra le voir en répétition.

J’ai redécoupé le texte en 5 parties, suivant chaque roi. C’est plus juste avec la structure du texte.

Ça m’a permis de qualifier chaque roi, d’y coller un élément qui fait sens, qui m’a servi tout le long de l’écriture comme fil conducteur, comme énergie, comme champ lexical.

Voici ce que ça donne :

ACTE I. LE ROI DE NEIGE (Richard Plantagenêt)........................................................................................ 5

ACTE II. LE ROI DE FEU (Henry Lancaster)................................................................................................ 45

ACTE III. LE ROI DE FER (Harry Lancaster).............................................................................................. 125

ACTE IV. LE ROI DE SABLE (Harry Lancaster Jr).................................................................................. 149

ACTE V. LE ROI DE SANG (Richard York)................................................................................................ 228


Olivier


De : Olivier Kemeid
À : Patrice Dubois

Date : 3 décembre 2014


Ça va? Man‚ je suis super down depuis quelques jours et je n'arrivais pas à comprendre cet état après la joie des lectures... Jusqu'à ce que je prenne conscience du vide‚ du trou post-écriture de ces Five Kings. Oui, il y a du post-partum là-dedans. C'est un peu ridicule parce qu'il reste du travail et que le show n'est pas créé‚ mais bon.... Soulagement et grand vide se mêlent en moi.

Voilà ce que je tenais à confier à mon directeur artististique‚ mon psy et surtout mon ami.


Olivier


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 4 décembre 2014


Mon cher ami,


Tu parlais d’une forêt. Finalement, ce fut un tour dans la psyché de l’Homme. 
Un parcours dans quelques nuits sombres, visant à éclairer un peu de nos peurs intimes. 
Et elles ressurgissent, ces peurs. Formes de vertiges. Glas. Verglas Chuchotements. Craintes. 
Et les lueurs de plaisir de ton acte d’écrire s’exposent aux vents de toutes parts. 

Je te comprends. Tellement. 
Il faut être fier maintenant. 

Fais un rituel pour saluer ton travail. Une bonne bouteille. Une marche sur le Mont-Royal. Un salut au soleil.

À tout de suite,


Patrice


De : Patrice Dubois
À : Olivier Kemeid

Date : 16 décembre 2014


Olivier,

Excuse le silence suivant ta dernière version. Je l’ai lue, étudiée, relue, mais ne te suis pas revenu. 

Bordel de m…. j’y vais.

À vue de nez, les personnages de Ines, Jihanne et même Harry me semblent bien seuls. Le fait d’avoir fait le ménage autour d’eux les fait apparaître en soliloque et on ne sait plus pour quelle cause ils se battent. En fait, je crois qu’on avait le même feeling avant, mais qu’on ne pouvait le nommer. On ne sait pas pourquoi ils se battent. Et c’est pourquoi on a une impression de vide, après la force du passage Falstaff.

Jihanne est armée, mais sa cause est abstraite. Et quand on finira par la mitrailler, on ne saura pas ce que l’on tue. 

Ines, même chose, etc. La seule évocation de « reprendre des territoires »  ne suffit pas dans le contexte. 

Ils vont défendre un territoire plein de pétrole, des temples religieux, le passage de l’antarctique, des peuples en esclavages, le contrôle de la presse ? Il faut se mouiller. Il faut absolument se mouiller dans cet Henri V et VI première partie. Quitte à se qu’on déroge. Qu’elle fasse sauter l’ONU. Qu’il ouvre les digues des barrages. 

Avec l’arrivée de Cade, tout s’estompe et reprend mieux sa place. Il offre un contrepoint, un crochet où se tenir. 

Mais les Amasia et les territoires du désert sans un point de vue défini, et j’allais dire radical et actuel, nous laisse avec un manque. 

Et en quoi Harry sera un grand chef, on ne le sait pas non plus. Un grand parce qu’il aura éradiqué, pollué, tout rasé autour ? 

Sinon, avant, ça fonctionne. Suffolk me va. Certains passages sont d’une douceur magnifique. La langue est belle. 

Je suis en studio aujourd’hui, mais de retour au PÀP demain. Si tu veux, on peut se parler.


Patrice